Publié le 9 Janvier 2026

Les temps ont changé, comme chante certain : le voyage en Grèce que nous propose Baptiste Dericqueboug n’est pas celui de Lawrence Durrell ou de Jacques Lacarrière. Aucune crainte, donc, de déjà lu. Ce serait même à une déconstruction de ce qui habite notre imaginaire à laquelle s’emploie l’auteur, à travers des lunettes clairement politiques. Il s’agit de dé-romantiser l’image que littérateurs et archéologues nous ont léguée de la Grèce. Et d’abord, la Grèce existe-t-elle ? Une mosaïque de peuplements et de territoires que la langue unit (avec difficulté, puisqu’il a fallu la démocratiser). Parle-t-on d’Alexandre le Macédonien ou d’Empédocle de Sicile ? Des ours de Metsovo, à la frontière albanaise, ou des citrons (amers) de Limassol, au sud de Chypre ?

Loin des reconstitutions archéologiques hasardeuses, c’est à un voyage dans notre temps que nous sommes conviés. Dans la Grèce que se partagent une famille socialiste et une famille libérale depuis des décennies – au prix parfois de mariages croisés. Dans la Grèce éternellement pauvre qui a pu prêter l’oreille aux sirènes de l’Aube Dorée (extrême-droite) et tenter l’expérience de Syriza (gauche radicale), vite remise au pas par l’Europe.

De belles pages enfin nous ouvrent un trésor plus précieux que le masque d’or d’Agamemnon : celui de la musique et de la poésie grecques, dont la vitalité défie les péripéties historiques – comme les défie, éternelle, « la capacité [des Grecs] à ranimer la joie pour une soirée même dans les moments les plus mélancoliques ». (2015)

DERICQUEBOURG, Baptiste : Le voyage en Grèce (Anacharsis, 2024)

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Publié le 9 Janvier 2026

Béatrice Commengé a eu le bonheur de rencontrer Lawrence Durrell là où  il  a fini sa vie, à Sommières dans le Gard. Elle avait autour de 20 ans et lui trois fois plus. Cela lui a donné l’envie, et l’idée magnifique, de se rendre sur les lieux où a vécu l’écrivain  – occasion de faire quasiment un tour du monde puisque, de l’Inde où il est né, au pied de l’Himalaya, jusqu’en Argentine où il a été en poste après-guerre (il n’a pas aimé tant que ça l’Argentine : « vaste pays plat et mélancolique, où l’air est vicié et où les hommes d’affaires boivent du Coca-Cola »), Durrell a passé sa vie en mouvement. Mais son centre vital reste la Méditerranée, et plus particulièrement la Grèce. Corfou, où à 23 ans il entraîne sa famille pour fuir les brumes de Londres ; Alexandrie, la plus grecque des villes égyptiennes, qui inspirera son œuvre majeure, Le quatuor d’Alexandrie ; Rhodes où j’ai eu l’occasion de traîner mes guêtres autour de sa maison à l’abandon dans le cimetière musulman ; Chypre enfin où il croit trouver un hâvre définitif avant que la guerre gréco-turque ne l’en déloge.

Une vie de paysages est le portrait d’un homme à la recherche du Tibet, de la lumière de son enfance, c’est le portrait d’un immense écrivain, d’un grand voyageur, d’un homme d’une belle modestie – et, n’oublions pas, d’un ami fidèle : son amitié avec Henry Miller, autre grande figure des lettres et amoureux de la Grèce, est un des axes fixes de sa vie.

COMMENGÉ, Béatrice : Une vie de paysages (Verdier, 2016)

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Publié le 9 Janvier 2026

Pères, fils, primates (le tout au pluriel) est un roman qui vous plonge d’emblée dans un bain poisseux, et ça ne fait qu’empirer par la suite. Paranoïaques s’abstenir. Il faut dire qu’il accompagne la progression d’une tempête sur la côte mexicaine où Joanes et sa famille sont en vacances. On les évacue vers l’intérieur des terres, mais lui ne part pas tout de suite : il attend d’Espagne un coup de fil dont dépend l’avenir de son entreprise de climatisation – qui est en train de sombrer. Il se retrouve donc le lendemain dans le flot engorgé des voitures de réfugiés – et par le plus grand des hasards il recueille, après avoir percuté un chimpanzé égaré, une vieille dame en fauteuil roulant et son mari, en qui il reconnait le professeur de physique qu’il soupçonne d’avoir ruiné son avenir scientifique à la sortie de l’université.

Vous l’avez compris : tout est en place pour que, profitant du chaos, Joanes puisse assouvir sa vengeance. Á moitié volontaire, à moitié engluée dans un enchaînement néfaste de circonstances, cette vengeance sera longue, glauque, écœurante. D’autant plus qu’on doute de la vérité des raisons qu’a Joanes d’en vouloir à son professeur.

On compare ce livre au Couperet de Westlake. Il y a en plus le baroque latin qui déplace le curseur de la coche « thriller » à celle « épouvante ». J’en ai pour un an à m’en remettre, mais j’ai adoré avoir peur.

BILBAO, Jon : Pères, fils, primates (Mirobole, 2016)

Traduit de l’espagnol par Marc Fernandez

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Publié le 9 Janvier 2026

De l’auteur, nous ne savons quasiment presque rien, même pas le vrai nom, si ce n’est, dit la quatrième de couverture qu’il a 32 ans, vit en Normandie et voyage à l’étranger. Un espion, peut-être. Et je vous dis : comment ne pas souhaiter célébrer un écrivain qui n’étale pas ses liaisons extra-conjugales, ses goûts culinaires et son enfance maltraitée. Pour ce livre, Joseph Andras a refusé le prix Goncourt des lycéens, arguant que la littérature n’a rien à voir avec les podiums, et vous allez voir qu’il va refuser de passer chez Ruquier, contrairement à… ben, tous les autres. Chapeau, Joseph !

Alors, oui, il n’y a que la littérature qui compte, parlons donc de son roman, Des frères blessés. Il s’agit d’une fiction écrite autour de la condamnation à mort et de l’exécution – hélas bien réelles – de Fernand Iveton, militant communiste, en Algérie en 1956. Fiction, parce que forcément Andras recrée tout : les faits (Iveton s’est fait pincer à vouloir placer une bombe dans un entrepôt désaffecté de son usine), les interrogatoires (et la torture, largement banalisée comme on sait) et l’enchaînement qui fait que contre toute attente la condamnation est appliquée. A cause, pêle-mêle : des différents entre le Parti Communiste et le FLN ; de la multiplication des actions du dit FLN ; d’un attentat malencontreux qui vient contrarier la possibilité de grâce présidentielle – et, lui dit son avocat dans l’aube du dernier matin, de « l’opinion publique ». Que de crimes aura-t-on commis en son nom !

Andras ne défend pas une thèse, il expose les rouages inexorables de cette tragédie, la marche d’un homme de trente ans vers la mort, entrecoupée de la réminiscence de son amour lumineux pour Hélène, sa femme. Eros et Thanatos, toujours.

Oui, monsieur Andras, la littérature, quand elle est au niveau d’exigence et de qualité où vous la tenez, n’a pas besoin de médaille en chocolat. Continuez à refuser les prix et à nous donner des mots qui dérangent, nous qui sommes si souvent trop bien rangés.

 

« La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à ‘écriture et à la création […] La littérature telle que je l’entends veille de près à son indépendance et chemine à distance des podiums, des honneurs et des projecteurs. » (Joseph Andras, déclaration de refus du Goncourt des Kycéen)

ANDRAS, Joseph : De nos frères blessés (Actes Sud, 2016)

 

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Publié le 2 Avril 2025

04/03/2025 : 21/Transversale n°3. L'exil

L'exil est une notion polymorphe qui va de la douleur individuelle à un vague sujet qui pourrait servir de thème fédérateur à, par exemple et si ce n'est déjà fait, un futur Printemps des poètes, aussi fourre-tout que l'Amour, le Corps, l'Autre...

Rester dehors est traversé par deux exils historiques patents : celui des Arméniens après le génocide de 1915-16 et celui des Républicains espagnols en 1939 (la Retirada). Le grand-père de Frankie a vécu le premier alors qu'il n'était qu'un enfant, le père adoptif de Rojo, Vittorio Allende del Hueson, le second à son adolescence. Ce n'est certes pas un hasard si Frankie porte une attention toute particulière aux exilés : elle les a croisés lors de son séjour en Grèce et continue à les aider dans la maison de l'écluse, qu'ils soient grecs ou syriens. On est là dans l'actualité brûlante de l'exil économique et/ou politique.

Mais nombre de personnages sont peu ou prou des exilés : Netuno a fui l'enfermement des Açores pour le "continent", son frère Tiago en France, Leiah et son frère la misère et l'esclavage sexuel en Algérie. Frankie, encore elle, a fui Berthoux pour Trieste et Léros - et on peut dire que, métaphoriquement, Berthoux s'est exilé dans l'alcool. Je ne m'étend pas sur le tour du monde de Rojo dont on ne sait trop ni la cause, ni le déroulement, ni les raisons qui l'ont terminé. Et puis il y a l'exil intérieur de Walter, exclu de son enfance par la mort de ses parents et réfugié, volontaire ou pas, dans la dépression.

La conclusion s'impose : oui, nous sommes bien tous des exilés.

P.S. : Je vois dans l'euphonie "les îles/l'exil" plus qu'une rime riche.

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Publié le 8 Mars 2025

07/032025 : 20/Tranversale n°2. Art brut et art-thérapie

*Je n'ai bien entendu aucune autorité pour parler de nombre de sujets. Mais dans ce nouveau monde où il faut être Mexicain pour être autorisé à parler du Mexique, transsexuel pour aborder la question du genre et boiteux pour prendre la défense des pieds-bots, le roman 1) soit n'a plus sa place et cède la sienne à l'autofiction, cette hypocrisie qui veut faire croire qu'on peut rendre compte du vécu avec objectivité, à la manière d'un documentaire tourné par un robot (mais par qui a été programmé le robot ? Par un autre robot ? Vertige.) 2) soit peut continuer à amplifier les ressentis, avec ou sans vraisemblance, et on sait que le principe de la caisse de résonance est que le son obtenu n'a plus grand chose à voir avec le coup donné au départ. Le roman, ce fils du théâtre, est un espace où les hommes sont femmes, les pauvres riches, et les incompétents maîtres du monde (non, ça, c'est dans la réalité vraie... je veux simplement dire qu'un romancier dépasse ses incompétences pour créer un monde qui lui ressemble, avec ses désirs et ses frayeurs, ses pulsions et ses phantasmes. S'écrirait-il autant de romans policiers si leurs auteurs n'avaient pas au moins une fois rêvé de tuer quelqu'un ? A moins qu'ils ne soient écrits que par des criminels...)

Pourquoi ces précautions oratoires ? Parce que je ne connais de l'art brut que l'émotion et la fascination qu'il exerce sur moi et de l'art-thérapie que l'expérience de quelques proches. Une de mes nièces voulait en faire son métier, un musicien anglo-saxon qui pourtant animait des ateliers à l'hôpital psychiatrique du coin l'en a découragé, stipulant que les formations dans notre pays étaient inexistantes et pas reconnues, ce qu'il résuma en une formule lapidaire et avec accent : "En France, c'est le merde". Il semblerait qu'il existe plus d'études sur l'art comme porte d'entrée dans la folie que comme porte de sortie...

Je ne sais plus comment j'ai croisé l'histoire de Henry Drager, mais je n'ai pu qu'être happé par l'exacerbation qu'il représente, celle d'un artiste puissance mille, noircissant dans le secret de sa chambre des milliers de pages, les illustrant de centaines de dessins, découverts après sa mort. Une foultitude de questions sont soulevées. A partir de quand une obsession devient-elle une œuvre ? Quelle est la part du marché dans la reconnaissance de cette œuvre ? Que serait devenu quelqu'un comme Darger s'il n'avait pas eu cette passion (ou faut-il dire ce dérivatif) ? Ce qui rejoint l'interrogation que je pose dans Cadaqués, aller simple : "Comment font les gens qui n'ont pas de passions pour ne pas se laisser aller à l'assassinat, le dimanche ?"

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Publié le 2 Mars 2025

02/03/2025 : 19/Transversale n°1. Les îles.

*J'entreprends l'exploration des thèmes transversaux qui, comme leur nom l'indique, traversent le roman. Pour commencer : l'insularité. J'ai été catalogué dès mon deuxième recueil "poète des îles" et je l'ai bien cherché. Si quelques poèmes d'Ailes évoquent la mer, c'est effectivement à partir de Baies, puis avec Littorales et Craie Cratère Créature, que j'ai creusé la thématique insulaire, avant de passer à autre chose... Des trois îles et archipel dont il est question dans Rester Dehors, j'en ai fréquenté deux : Léros et les Açores.

La Nouvelle-Calédonie ? Je ne sais pas trop comment elle s'est invitée. Par commodité pour le récit peut-être : sa proximité avec l'Australie en faisait l'ultime étape crédible du tour du monde de Rojo. Et si ce tour du monde m'a été inspiré par le blog d'une connaissance qui en a entrepris un naguère, le séjour lui-même s'appuie sur les expériences d'un neveu et d'une amie. Je pense qu'il y a aussi un parfum de Polynésie - ma découverte des îles à 22 ans et durant 9 mois. Je n'avais pas fait les choses à moitié : tant qu'à me dépayser pour la quasi première fois de ma vie, j'ai choisi les antipodes. Et pour la première fois, surplombant la barrière de corail à Mooréa, j'ai eu les larmes aux yeux en contemplant un paysage. Je parle dans RD de la Nouvelle-Calédonie des "métros", la colonie blanche, soulever la question canaque m'aurait entraîné trop loin (le plus dur dans la rédaction d'un roman étant d'en maîtriser la dispersion...) Il s'agit de toute façon du récit autobiographique de Rojo qui cache beaucoup de choses, les inévitables contact qu'il a eus avec la population autochtone peuvent avoir été passés sous silence - contrairement à l'allusion aux aborigènes d'Australie et leur didgeridoo.

Par contre de nombreux souvenirs entrent dans l'évocation de Léros, dans laquelle j'ai dû amalgamer plusieurs îles grecques - nous en connaissons quelques dizaines. J'ai souhaité éviter le côté folklorique, les popes et la moussaka, pour me centrer sur l'incroyable histoire de l'asile de Léros. Les "fous" dans les rues, les psychiatres italiens, nous les avons vu, c'était le cadre naturel où amener Frankie (après Trieste au sujet de laquelle je lui fais partager le malaise que nous y avons ressenti, mais je n'ai pas inventé la "mélancolie triestine" ! Comme quoi on n'invente rien,  de toute façon, on recopie). Parmi mes projets non-aboutis il y a un "road movie" dans les îles grecques, que j'avais pensé intituler Salade grecque, avant que Cédric Klapîsch l'utilise pour une série TV, au demeurant très réussie.

Nous en arrivons aux Açores. L(idée au départ était de faire venir les deux frères des Canaries, de l'île de El Hierro précisément, qui est un des lieux les plus hallucinants de ma géographie intime. Finalement j'ai préféré sortir de ma "zone de confort", comme on dit de nos jours, la langue espagnole, pour me frotter au portugais, que je ne parle pas mais auquel j'ai l'occasion de me frotter - dans sa version brésilienne principalement. Les Açores ont narrativement beaucoup d'atouts. Historiquement elles sont une page blanche, les navigateurs portugais ont débarqué sur une terre déserte, inhabitée et il n'y a donc eu ni colonisation, ni massacre, ni rancœur. Les Açoréens ont une histoire de 500 ans, ce qui n'est déjà pas si mal, mais à l'échelle civilisationnelle peut donner des peuples encore dans l'immaturité adolescente, comme aux USA. Mais les Açoréens sont avant tout Portugais, irrémédiablement Portugais, leur passé s'est écrit sur le continent. Nous avons séjourné deux fois trois semaines aux Açores, sous le charme de leurs contrastes, l'alliance de la paysannerie et des peuples de la mer, les vaches et les baleines, les vignes et les bateaux, les reliefs érodés des vieux volcans et les côtes déchiquetées, la fureur atlantique et les haies d'hortensias, l'Auvergne au milieu de l'océan.  Le climat de même oscille entre les Tropiques et les Asturies (ou la Bretagne) avec l'été des ciels qui changent tout le temps - nous avons évité les hivers parait-il interminablement arrosés. Page blanche littéraire aussi : je cite à peu près tout ce qui est accessible en français comme littérature : Gros temps sur l'archipel (Mau tempo no canal) de Nemesio, sans doute épuisé maintenant, Des gens heureux parmi les larmes de João de Melo (qui, au passage, parle d'une famille de l'intérieur de São Miguel qui n'a jamais approché la mer... l'île, la plus grande des Açores, fait en sa plus grande largeur 15km...) et quelques passages chez Vila-Matas. Je signale, ce n'est pas anodin, que la mère de l'immense Fernando Pessoa était native de Terceira, l'île d'où vient le tableau en bois sculpté décrit dans les dernières pages du roman.

Creuser la fascination qu'exerce les îles demanderait plusieurs tomes... Je crois, pour ma part, l'avoir approchée en quatre mots dans Littorales : "Enfermés dans l'immense". Il y a d'un côté l'exiguïté du territoire, dont on croit pouvoir facilement "faire le tour", et de l'autre la conscience de la précarité que donnent les îles, leur isolement justement. Certaines sont menacées par la montée des eaux, d'autres étouffent sous celle des migrations (je pense à Lampedusa et Lesbos bien sûr, mais le phénomène s'étend aux Canaries, à la Sicile,aux îles grecques, et je ne parle que de l'Europe du Sud). Partout l'humanité fait le lit de sa défaite.

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Publié le 25 Février 2025

25/02/2025 : 18/Rester dehors version 4.0

*J'ai donc remis l'ouvrage sur le métier. Les monologues en italiques deviennent juste repérés entre parenthèses, dans la même police de caractères que la narration. J'ai bien sûr - comme à chaque lecture ! - peaufiné, corrigé, avec l'aide de Danielle qui me signale entre autres qu'on ne met pas une broche dans les cheveux mais une barrette... J'envoie en novembre 2024 un message à Serge S. lui demandant s'il le changement annoncé de son côté est qu'il rejoint les Nouveaux Éditeurs, un groupement lancé par Arnaud Nourry, et au passage s'il souhaite que je lui soumette la nouvelle version. Je n'ai en réponse qu'un mail d'information annonçant qu'il rejoint les éditions Héliopoles, plutôt centrées sur le développement personnel, où il animera sous son nom la branche littérature. En janvier, je profite sournoisement des vœux pour lui demander où nous en sommes. Je lui parle d'une idée que j'ai eue d'orienter la présentation du roman plus sur le côté actualité sociale. Voici ce que j'ai concocté de mon côté, dont je ne lui ai envoyé qu'un résumé :

"Il pourrait être intéressant de présenter ce texte comme une fin de monde. Ce mois de juillet 2018, avec  en son centre exact la victoire de la France à la Coupe du Monde de Football, est sans doute une dernière flambée d'insouciance. A l'automne, ce seront les Gilets Jaunes,en 2010 la COVID, en 2011 l'Ukraine. Le roman - inconsciemment  - suit cette courbe : un ascendant solaire jusqu'à la moitié du mois, puis une descente progressive jusqu'à la mort de Walter. Avec, tout à la fin, un espoir de résurrection. Cela ne coute rien.

Il serait envisageable de chercher à savoir ce que la fraternité de "la bande de l’Écluse" devient, confrontée à ces lames de fond. Envisageable et excitant."

Réponse de Serge S. par mail du 29 janvier :

"Bonjour Philippe Marie, Et merci mais je comprends pas bien votre démarche. Avez-vous retravaillé votre manuscrit Rester Dehors, vous deviez le faire, je ne me souviens plus si vous m’en avez envoyé une nouvelle version par papier et quand. Ce que vous me proposez est indépendant du manuscrit ou pas? Je suis noyé sous les manuscrits, j’en suis désolé."

Je relis (et corrige) le manuscrit, l'imprime avec moultes difficultés (mon imprimante tombe en panne sèche 12 pages avant la fin, la cartouche de rechange compatible Canon que j'ai,, achetée à Carrefour, contre-pub gratuite, n'imprime qu'une ligne sur deux, j'ai failli louer les services d'n moine copiste...), et j'accompagne l'envoi de quelques mots :
 
"Il y a eu en effet malentendu : j'attendais votre feu vert pour vous envoyer la nouvelle mouture (ma lettre de l'automne s'est sans doute perdue...) Bref, la voici. J'ai remplacé les passages en italiques par des parenthèses, mais on peut certainement supprimer tout signe distinctif ; le lecteur moderne est maintenant habitué aux changements de locuteurs - parfois dans la même phrase... [...]  Je compatis à votre surcharge de travail et m'en veux (un peu) d'y participer."
 
Réponse du 19/02 :
 
"Bien reçu votre nouvelle version aujourd’hui.
Je la lirai dès que possible tout en sachant que cela va nous reporter loin dans le temps.
Si vous faites d’autres démarches, ce à quoi je vous invite, il n’est pas mauvais d’avoir d’autres lectures, merci de me tenir au courant.
Cela vous évitera d’attendre pour rien."
 
A quoi j'ai répondu tout à l'heure :
 
"Merci d'avoir accusé réception. Tout à fait d'accord avec vous au sujet de l'intérêt d'avoir d'autres lectures, mais encore faudrait-il que les éditeurs réagissent. Sur une dizaine d'envois, vous êtes le seul à m'avoir répondu d'une manière circonstanciée... Je conçois que l'afflux de manuscrits et la baisse des tirages ne rendent pas les choses faciles, mais alors quoi, il faut arrêter d'écrire ?"

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Publié le 12 Février 2025

12/02/2025 : 17/Un si long silence

*10 mois depuis le dernier post. C'est dire la hauteur du moral. Il s'est pourtant passé des choses, sans que je puisse décider si elles sont positives ou pas. Je parlais du Désert des Tartares, le pire dans l'attente c'est quand on perçoit un frémissement et qu'on ne sait pas si c'est une musaraigne, un reptile, un chacal ou un homme, "Ou n'est-ce que le vent/Qui gonfle un peu le sable/Et forme des mirages/Pour nous passer le temps" (Jacques Brel, Regarde bien, petit). Le frémissement a pris la forme d'un coup de fil de Serge S., le 5 juin pour être précis, alors que je suais seul sur le début du GR10  entre le col de les Vinyes et celui de Llagastera. Je le rappelle le lendemain, une assez longue conversation dont il ressort en vrac que le manuscrit lui plait, qu'il souhaiterait une autre solution pour les passages en italiques (les monologues de Netuno dans la chambre d'hôpital de son frère), les lecteurs ayant tendance à sauter les dits passages. Je tente d'argumenter, des exemples me viennent : En remontant l'Orénoque de Mathias Enard, entre autres, mais il n'en démord pas. Je chercherai une alternative. Il déplore aussi qu'il n'y ait pas une véritable intrigue qui tienne le lecteur en haleine jusqu'au bout. Le fait de savoir si Tiago va ou non sortir du coma ne lui suffit pas, d'autant que (je cite) "il y a peu de chance". Je me demande au passage pourquoi tout le monde tient à enterrer ce pauvre Tiago, je note de revoir la fin pour qu'elle soit un peu plus explicite. Autre point : on se perd un peu dans les dialogues. C'est vrai et volontaire : je voulais qu'on ne puisse pas attribuer de locuteur précis à certaines phrases, parce qu'elles pouvaient indifféremment être prononcées par l'un ou l'autre, ça rajoutait, je pensais, à l'idée d'une fusion entre les membres de la communauté - et ça voulait donner une idée du brouhaha (fusion et confusion). Don't acte, je reverrai ce point. Serge S. est aussi circonspect quant aux "autobiographies" insérées dans le fil du texte. "Cela doit s'expliquer à la fin", me dit-il. Seconde preuve qu'il n'est pas allé au bout, mais je préfère qu'il m'ait appelé vite ! Puis viennent des considérations plus pratiques : pourrait-on présenter ce texte comme "premier roman" ? Suis-je en train d'écrire autre chose ? Je le sens déçu quand je lui réponds que l'incertitude du devenir de Rester dehors freine toute velléité de nouveau projet. Peut-être aurais-je pu lui dire que j'avais bon nombre de manuscrits inachevés... Dernier point, et pas des moindres : rien ne pourra se faire avant la rentrée 2025, il est sur le point de se rapprocher d'un autre éditeur afin de pouvoir mutualiser ce qui lui fait défaut : logistique, secrétariat... Je raccroche en lui promettant de revoir ma copie, à quoi je m'attelle tout l'été, bien ralenti tout de même par l'acquisition d'une nouvelle maison, ce qui n'a rien à faire dans ce blog.

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Publié le 25 Avril 2024

Après avoir exploré les divers métiers du théâtre, d’acteur à auteur, François-Henri Soulié nous a divertis avec les aventures de Skander Corsaro, une tétralogie d’enquêtes cataleptiques, puis s’est orienté vers le polar historique, dans un premier temps en tandem avec Thierry Bourcy autour de personnalités du XVIIème ensuite en cavalier seul pour la trilogie Occitania qui se déroule en terre cathare fin XIIème-début XIIIème siècles. Autres temps, mêmes mœurs : Les pirates de Dieu nous amène au IVème siècle dans le Proche-Orient romain d’où l’empereur Constantin veut asseoir son pouvoir en s’appuyant sur la nouvelle religion chrétienne. Depuis Byzance qui sera rebaptisée de son nom : Constantinople.

« Roman noir historique » précise la couverture, et non pas « roman policier historique ». Il est vrai que si intrigue il y a – au pluriel plutôt, s’agissant d’intrigues de palais ! -, le crime de départ (des hommes tués à Jérusalem, retrouvés un poisson gravé sur le front) n’est qu’un double prétexte. Pour Constantin, prétexte pour éloigner sa mère, définitivement peut-être, en lui proposant d’accompagner en Judée la délégation chargée d’élucider ces meurtres, et d’en profiter pour ramener des fragments de la Vraie Croix du Christ, relique qui conforterait son pouvoir religieux. Pour l’auteur, prétexte pour nous conduire dans le labyrinthe des manigances de cour où tous les coups, surtout les plus retords, sont permis, et pour nous présenter une galerie de personnages d’un réalisme impressionnant. Ainsi Hélène, la mère de Constantin, ancienne fille de salle (entendez : prostituée), ardente – et sincère – convertie. Ainsi le conseiller Aurélius, adepte de la philosophie stoïcienne qui cherche à rester maître de lui ; ainsi l’énorme Galba qui ourdit dans l’ombre un complot contre l’empereur. Il faudrait les citer tous, tant il n’y a pas de seconds rôles dans ce roman. Et surtout il ne faudrait pas oublier les pirates du titre, les jeunes Galeo et Kyros, nouveaux Achille et Patrocle, qui portent l’amitié à son point d’incandescence.

François-Henri Soulié a le talent de communiquer son infatigable érudition grâce à un récit hautement romanesque, dans la lignée des Robert Merle et Umberto Eco. S’instruire en se distrayant : que demander de mieux à la littérature ?

SOULIÉ, François-Henri : Les pirates de Dieu (10/18, 2024)

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