Joseph Andras : De nos frères blessés
Publié le 9 Janvier 2026
De l’auteur, nous ne savons quasiment presque rien, même pas le vrai nom, si ce n’est, dit la quatrième de couverture qu’il a 32 ans, vit en Normandie et voyage à l’étranger. Un espion, peut-être. Et je vous dis : comment ne pas souhaiter célébrer un écrivain qui n’étale pas ses liaisons extra-conjugales, ses goûts culinaires et son enfance maltraitée. Pour ce livre, Joseph Andras a refusé le prix Goncourt des lycéens, arguant que la littérature n’a rien à voir avec les podiums, et vous allez voir qu’il va refuser de passer chez Ruquier, contrairement à… ben, tous les autres. Chapeau, Joseph !
Alors, oui, il n’y a que la littérature qui compte, parlons donc de son roman, Des frères blessés. Il s’agit d’une fiction écrite autour de la condamnation à mort et de l’exécution – hélas bien réelles – de Fernand Iveton, militant communiste, en Algérie en 1956. Fiction, parce que forcément Andras recrée tout : les faits (Iveton s’est fait pincer à vouloir placer une bombe dans un entrepôt désaffecté de son usine), les interrogatoires (et la torture, largement banalisée comme on sait) et l’enchaînement qui fait que contre toute attente la condamnation est appliquée. A cause, pêle-mêle : des différents entre le Parti Communiste et le FLN ; de la multiplication des actions du dit FLN ; d’un attentat malencontreux qui vient contrarier la possibilité de grâce présidentielle – et, lui dit son avocat dans l’aube du dernier matin, de « l’opinion publique ». Que de crimes aura-t-on commis en son nom !
Andras ne défend pas une thèse, il expose les rouages inexorables de cette tragédie, la marche d’un homme de trente ans vers la mort, entrecoupée de la réminiscence de son amour lumineux pour Hélène, sa femme. Eros et Thanatos, toujours.
Oui, monsieur Andras, la littérature, quand elle est au niveau d’exigence et de qualité où vous la tenez, n’a pas besoin de médaille en chocolat. Continuez à refuser les prix et à nous donner des mots qui dérangent, nous qui sommes si souvent trop bien rangés.
« La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à ‘écriture et à la création […] La littérature telle que je l’entends veille de près à son indépendance et chemine à distance des podiums, des honneurs et des projecteurs. » (Joseph Andras, déclaration de refus du Goncourt des Kycéen)
ANDRAS, Joseph : De nos frères blessés (Actes Sud, 2016)
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