vivant demain

Publié le 11 Juin 2026

11/05/2026 : 7/Mois de la promo

Petit aperçu des mouvements (scrupule à parler d'"évènements" !) suite à la parution de Vivant demain.

Pour ouvrir le feu, un article sensible d'Anne Lasserre-Vergne dans Le Petit Journal du Tarn-et-Garonne du 27 avril 2026 : 

https://www.lepetitjournal.net/82-tarn-et-garonne/2026/04/27/vivant-demain-dernier-recueil-de-poemes-de-philippe-marie-bernadou/#google_vignette

Le 5 mai Christian Saint-Paul me recevait dans son émission Les Poètes sur Radio Occitanie Toulouse. L'émission est disponible en podcast : 

https://lespoetes.site/son/2026/2026-05-05.mp3

Ensuite Hélène Spring a relayé l'info le 9 mai dans La Dépêche du Midi (pages régionales T&G). L'article est en illustration de cet article, je n'ai pas trouvé le lien.

J'ai eu le plaisir le 20 mai d'être reçu par Rémy Torroella sur les ondes de CFM Radio Montauban pour un entretien de 20 mn. J'ai retrouvé avec émotion les micros de Cfm (dans de nouveaux locaux), la chaleur et l'attention de Rémy qui a été pendant 10 ans mon "producteur-réalisateur" dans un premier temps pour l'émission collective des libraires montalbanais Les Voix de l'ALMA et en suite pour Le rendez-vous des libraires dont j'ai pris les rênes avec le concours occasionnel de collègues des librairies Deloche et La Femme Renard. Le podcast : 

https://www.cfmradio.fr/philippe-marie-bernadou---vivant-demain

Sur l'invitation de la librairie La Femme Renard, je suis revenu à Montauban le 30 mai pour une séance de dédicace qui m'a permis de retrouver d'anciens lecteurs et confrères. Hélène Spring avait eu la gentillesse d'annoncer cette rencontre par un second article : 

https://www.ladepeche.fr/2026/05/20/dedicace-de-philippe-marie-bernadou-a-la-femme-renard-13379255.php

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Publié le 14 Mai 2026

Dans le feu du ciel, pastel de Janine Rabat

Dans le feu du ciel, pastel de Janine Rabat

Il y eut donc le 11 avril à 17h la remise officielle du prix Nicole Drano-Stamberg à la salle municipale Voltaire de Frontignan (voir épisode précédent). Suivit une soirée organisée par et chez Eric Chassefière et Catherine Bruneau, en présence d'une quarantaine de personne, poètes ou affidés. Il était prévu que je lise une demi-heure, puis un intermède musical assuré par la harpiste Héloïse Dautry (apparentée au sculpteur montalbanais Marc Dautry) et la flûtiste Isabelle Mennessier. Enfin les participants étaient conviés participer à une scène ouverte sur le thème-titre "Vivant demain". Le déroulé a été légèrement chamboulé par un déraillement vocal au bout d'une dizaine de minutes de ma lecture qui a fait avancer la première intervention des musiciennes qui m'a permis (ainsi qu'un cachet mystérieux offert par une dame du public) de récupérer ma voix. Ensuite une vingtaine de personnes ont décliné le thème imposé, la plupart en disant leurs propres textes. James Sacré avait quant à lui choisi un texte de Nicole Drano et Gisele Pierra un poème de la trobairitz médiévale Clara d'Anduze. Casimir Prat m'a fait l'amitié d'intervenir, ainsi que la pastelliste Janine Rabat (dont l'oiseau Dans le feu du ciel orne cet article). Alors que personne n'avait pu encore lire mon recueil, le titre seul a éveillé des échos proches de mon propos : vivant demain mais à quel prix, vivant demain se prépare aujourd'hui, etc... Mention spéciale à Dominique Aussenac pour son poème occitan-français apocalyptique et à Ida Jaroschek toute en sensualité. L'ensemble doit faire l'objet d'un numéro hors-série d'Encres Vives, pratique habituelle à ce type de soirée qui a lieu plusieurs fois par an.

Le buffet façon auberge espagnole qui a clôturé la journée était vivement attendu - et pour certains anticipé ! Il faut dire qu'il était presque 23 h et que depuis l'après-midi nous étions au régime sec... Et comme toujours quand les convives sont nombreux et que la fatigue se fait sentir, on reste frustrés de ne pas avoir pu parler à tout le monde...

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Publié le 26 Avril 2026

Al Denton : Poèmes écrits dans ma voiture

Al Denton (c’est un pseudonyme, un nom qui sonne beat generation, entre Texas et Thermidor –« de l’audace, encore de l’audace »…) livre une plaquette mince et dense de Poèmes écrits dans [s]a voiture. On the road again ? Pas précisément. Ce serait plutôt d’enfermement qu’il s’agit.

S’il convoque dans nombre de ses titres les spiritualités du vaste monde, des deux Amériques aux steppes mongoles en passant par les forêts japonaises, c’est aux vitres de son crâne, comme à un pare-brise aveugle, que se cogne la mouche de son écriture,

            j’ai trop

            rien

            à ajouter au vide

le porte-à-faux malaisant entre la peur et la colère, entre la mort attendue et le soleil qui s’obstine à se lever et rend les jours inévitables, sinon aimables.

            j’ai voulu très longtemps

            passer sur l’autre rive

            –

            mais jamais non jamais

            la rive ne me cède

Les deux phrases d’un poème à l’autre se répondent. Mais a-t-on le choix ?

            vois comme tout me voue

            à la marche forcée

            vaille que vaille comme un cintre à mon dos

            enfilé

Le cintre qui tient Al Denton debout est fait de plusieurs bois. La rage

            j’ai le goût du fer et du sang

qui le fait espérer malgré tout survivre aux centrales atomiques. L’enfance déchirée dont on peut recoudre des moments – un souvenir de luge, une sortie au Luna Park,

            vivre une autre

            vie de fakir

            de grenade

            dégoupillée

– pour les transmettre

            même si tout

            est devenu cynique

et trouver un semblant de sérénité

            Comme un enfant malade

            Qui acquiesce à la nuit

– au refuge du sommeil, veut-on croire. Et puis il y a la possibilité de suspendre sa solitude :

            si tu voulais

            grondant

            je serais ta kermesse

            ta liesse évaporée

            sur l’axe de la mort.

La poésie d’Al Denton flirte parfois avec la rime, le rythme – l’alexandrin aussi bien – comme si une chanson y poussait son museau. Mais ce serait alors du heavy metal, une douleur qui se hurle, une révolte qui se crache.

 

(40 pages, 5€. Éditions La culottée, 429 chemin de la Croix de Lauzerte 82200 Moissac

https://editions-la-culottee.sumupstore.com/)

 

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Publié le 21 Avril 2026

19/04/2026 : 5/ En route pour la gloire

La remise du prix Nicole Drano-Stamberg a eu  lieu samedi 11 avril 2026 en la salle Voltaire, 3 boulevard Victor Hugo à Frontignan. Après qu'Eric Chassefière, responsable de la revue Encres Vives et initiateur de ce prix, en ait présenté la finalité et qu'Andrea Iacovella, éditeur à l'enseigne de La rumeur libre, ait annoncé la parution simultanée des recueils de Georges et Nicole Drano, James Sacré, poète fécond et Prix Goncourt de Poésie 2025, a lu au nom du jury un texte de présentation très sensible et pertinent. Le voici :

"Ce ne sont pas moins de 121 ensembles de poèmes que nous a valu   l’annonce de ce prix en hommage à Nicole Drano Stamberg ! Grâce à Georges Drano, poète que nous lisons depuis très longtemps (et je crois bien que tous ses livres sont dédiés à Nicole), Grâce à Georges et à Eric Chassefière, un comité de lecteurs fut formé pour l’attribution de ce premier prix. Lire plus de 120 manuscrits ne fut pas une mince affaire, et n’en choisir qu’un non plus !  Même lorsque nous sommes parvenus à réduire ces 121 candidats à 5 que nous avons plaisir à saluer et à féliciter aujourd’hui : le Lauréat pour ce prix donc, Philippe-Marie Bernadou pour son recueil Vivant demain, et quatre autres finalistes, Marianne Duriez, pour Les rivages sur lesquels me jette la tempête, David Kristanveig, pour Quelques pas dans tes pas, Ghislaine Le Dizès, pour Grenailles et Marilyse Leroux, pour Le grand jardin.

"C'était notre première aventure ce concours, une aventure dans le sillage, la mémoire, la poésie de Nicole. Certes Nicole n’aurait pas exigé quelque fidélité à l’esprit de ses propres livres, elle et Georges ont sans cesse dans leurs activités de passeurs de paroles, dans leur attention aux poèmes des autres, fait preuve d’une grande ouverture d’esprit pour accueillir dans leur Cahier des Lierles et les rencontres et lectures qu’ils organisaient, des écritures fort diverses. Personnellement j’ai beaucoup apprécié cette générosité depuis que je les ai connus en Loire Atlantique jusqu’à ce que je les retrouve bien longtemps après au Languedoc. Non nous n’avons pas lu les manuscrits reçus en pensant forcément aux livres de Nicole, mais il nous plaît que Vivant demain soit un titre qu’elle aurait pu utiliser.

"Cet ensemble de poèmes de Philippe-Marie Bernadou nous est arrivé dans l’anonymat de quelques lettres et chiffres : nous y avons aimé, dès le début du manuscrit, une attention à ce qui semble n’avoir pas d’importance dans le monde qui nous entoure, puis un vif et indigné sentiment de tout ce qui écrase cette fragilité du quotidien et au-delà celle de la vie humaine souvent, ainsi qu’une interrogation sur les formes possibles d’écriture et l’inquiétude du poète quant à ce qu’est son poème, en même temps qu’une grande confiance en ce poème , sans qu’on sache trop pourquoi ; peut-être parce qu’il affirme la continuation du vivant. Vivant demain nous a semblé ainsi résonner avec ce que nous disent les livres de Nicole et cela nous fait évidemment plaisir.

"Tous les membres du jury, Dominique Aussenac, Catherine Bruneau, Nadège Cheref, Georges Drano, Chantal Enocq, Dominique Iacovella, Ida Jaroschek, James Sacré et Patricio Sanchez sont des poètes et souvent des personnes qui elles aussi sont des passeurs de poèmes via des programmes radiophoniques ou des magazines tels que Le Matricule des anges, ou des revues en ligne sur la toile.

"Ce sont les éditions de la Rumeur libre (Dominique et Andrea Iacovella) qui transforment aujourd'hui le manuscrit de Philippe-Marie en livre et nous les en  remercions  vivement.

"Il faut ajouter que toute cette équipe a pu accomplir son travail grâce à l’organisation méticuleuse et efficacement suivie d’Éric Chassefière de tout le processus.

"Nous remercions également la mairie de Frontignan pour son aide financière et matérielle, ainsi que tous les auteurs candidats à ce prix dont les contributions participent également à l’édition de ce livre, Vivant demain. Tout cela nous laisse espérer une bonne continuation de vie du prix Nicole Drano Stamberg. 

"Et ne faut-il pas terminer ce moment de plaisir et de remerciements en revenant à Vivant demain qui est aussi un aujourd’hui bien agréablement vivant !

 "Des poèmes qui ne sont pas du rien et qui savent voir ce que nous oublions de voir souvent, qui nous rappellent, malgré leur belle concrétude, que nous allons sans doute vers ce rien :

"Rien ou presque / La trace de nos pas par endroits effacés, déjà / Comme si nous ne pesions plus sur la plage que par moments, par erreur

"Ces poèmes nous le rappellent avec souvent un humour qui n’empêche pas les plus inquiétantes réflexions :

"L’agonie des poissons qui ne comprennent pas pourquoi soudain tant d’oxygène / - Notre liberté, c’est leur mort. Je sais que tu penses à l’Afrique

"Et une grosse part du livre de Philippe-Marie est emportée, travaillée par l’énormité des malheurs du monde, et par le sentiment de sa risible prétention de poète à vouloir en parler en en dénonçant les causes.

"Son poème parle ou veut parler du monde et ce n’est que poésie des mots, oui, presque rien, mais quand même là, demain vivante avons-nous pensé sous forme de ce livre qu’édite la Rumeur libre, et bien sûr poème vivant ici, aujourd’hui, pour nous qui le lisons.             

"Ma poésie ne parle pas de poésie / Elle parle du torrent sous la grotte / du pin Douglas qui cherche sa place dans nos montagnes  / du renard et de la poule et du fermier / de l’équilibre qui jamais ne se fera entre le croc la gorge et le gardien  / entre la faim et le travail // Ma poésie ne parle de rien – que de poésie

Le parchemin - on ne peur parler de diplôme puisqu'il ne me confère ni titre ni grade - m'a été remis des mains du maire fraîchement réélu Michel Arrouy. Janine Rabat, conteuse et peintre m'a à son tour offert un splendide pastel qu'elle a présenté ainsi :

"L'oiseau avait été réveillé par une luminosité exceptionnelle qui l'avait d'abord effarouché : la forêt brûlait-elle ? L'oiseau avait vite compris que c'était un lever de soleil exceptionnel. Il avait vite secoué, rangé, lissé ses plumes : à lever exceptionnel, plumage exceptionnel ! Et l'oiseau s'était élancé dans le feu du ciel, seul, ivre de beauté et de liberté."

J'ai ensuite donné lecture de quelques textes (1/4 d'h) très bien accueillie, puis une scène ouverte a permis à de nombreux intervenants - dont l'émouvante Fanny, la petite-fille de Georges et Nicole Drano, et Georges et Marie-Claude Cathalo, venus tout spécialement de Villefranche-de-Lauragais - d'évoquer la mémoire et les poèmes de Nicole Drano-Stamberg. J'ai personnellement lu trois extraits de Ciel ! Ciel ! Des poèmes hirondelles ! (Rougerie, 2006) avec le sujet et l'écriture  desquels je me sens une réelle parenté. Le verre de l'amitié que la Mairie devait offrir pour clôturer l'après-midi a été annulé faute de munitions.

La journée s'est prolongée en nocturne au siège d'Encres Vives (à suivre...)

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Publié le 2 Avril 2026

02/04/2026 : 4/Les caméras ne sont pas objectives

Je ne me souviens plus de la genèse ni précisément de l'époque où j'ai écrit Les caméras... -dont le titre a plusieurs fois changé, il s'est appelé, je pense, Si le jour revient, qui en est un leitmotiv. Il s'agit, pour employer le langage du cinéma, d'un travelling qui suit un couple (en fuite ?) à travers une ville, une nuit de canicule. Un road poem, comme il y a les road movies. (L'entrée Wikipédia de road movies fait remonter leur source... au roman picaresque !) Une équipée, puisque pour faire une équipe il faut être au moins deux.

Ce que je sais, c'est la présence de Toulouse dans ce texte. Factuellement on peut reconnaître par ordre d'apparition : le Canal du Midi et ses péniches; le slogan "Solidarité avec les coupeurs de canne à sucre..." qui était peint en lettres gigantesques sur le mur circulaire des Arènes - fin des années 70, du temps où il y avait encore des arènes là où s'élève l'actuel lycée technique -, "les loges des moines et celles des putains" qui au Moyen Âge s'adossaient contre la basilique Saint-Sernin ; le Palais de Justice, place du Salin ; le sanglier qui traversa la ville en 2013 (me dit Google, ce qui permet de donner une date minimum à cette strophe). Mais la ville fantasmée est rapidement devenue un port au fil de l'écriture, on ne se défait pas comme ça de ses tropismes...

Je me suis laissé surprendre à la relecture par la diversité et la permanence des thèmes - encore les tropismes.La ville devient une allégorie du monde, et les marcheurs tout humain confronté à ses misères : les sans-abris, le réchauffement climatique, l'acculturation (la disparition de l'écrit), le délit de faciès, la marchandisation, la militarisation et ses enfants-soldats, les féminicides, les banlieues, et j'en oublie. Ce dont je suis sûr, c'est de ne pas avoir consciemment établi un catalogue des horreurs. Né il y a au moins une douzaine d'années, ce texte n'a rien de prophétique : l'état des lieux est tout bonnement inchangé, on peut  même craindre qu'avec le temps l'appartement soit encore plus abîmé - c'est que les propriétaires sont partis faire des trous dans le désert pour en pomper le pétrole et les terres rares.

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Publié le 14 Mars 2026

14/03/2026 : 3/ La tentation du fragment

Je tends de plus en plus, ce doit être l'âge, vers une écriture du fragment. Ce qui peut se manifester de plusieurs façons. L'ensemble de textes intitulé Ostraca est réellement constitué de morceaux de poèmes dont je n'ai pas jugé bon de conserver la totalité. Peut-être en ai-je déjà gardé trop... Les ostraca sont en archéologie les petits bouts de poteries, d'ardoises, de tessons qui portent des fragments d'inscriptions. Ce sont aussi les coquilles d'huitres où on écrivait, à Athènes, les noms de ceux que l'on voulait ostraciser. Ceci est une autre histoire... Le danger est de tomber (mais est-ce une chute ?) dans l'aphorisme, voire dans l'énigme héraclitéenne. Mais justement l'un des Ostraca ne dit-il pas : "Creuser l'énigme" ?

La variation offre un autre genre d'écriture fragmentaire. Étude en rouge, comme son nom l'indique, tourne autour de la couleur rouge : le feu, nucléaire ou pas, le sang, la gueule (en langage héraldique le rouge se dit "gueule"), le drapeau, le timbre-poste... Pour compliquer la chose, j'ai entrecoupé ces variations de textes en prose - qui ne sont pas à proprement parlé des commentaires mais plutôt des réflexions qui font un pas de côté par rapport aux poèmes.

Troisième manière, présente dans Mobilisation générale, multiplier les angles, les narrateurs, les points de vue. On pourrait parler d'écriture cubiste, si l'appellation n'avait pas un siècle de retard.

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Publié le 5 Février 2026

05/02/2026 : 2/Les épreuves et la correction (épisode maso)

Reçu hier d'Andréa Iacovelle, l'éditeur de La rumeur libre, les épreuves à corriger de Vivant demain en pdf (dans combien de temps ces trois lettres ne voudront plus rien dire à personne ?) Je retrouve avec plaisir les sensations et émotions qui ont accompagné la parution de Cadaqués, aller simple... il y a 18 ans. Voir le texte approcher de sa présentation définitive, dans une mise en page et une police de caractère qui ne sont plus celles du tapuscrit - déjà le texte vous appartient moins . L'éplucher, ce texte, à la recherche de la virgule oubliée, d'une fantaisie du correcteur d'orthographe (le beau mot occitan de consolament, issu du latin consolamentum et qui désigne le baptême cathare, est devenu consolâmes...), des alinéas et alignements bousculés (et c'est important les espaces en poésie...). Pour faire cela relire encore et encore le texte en essayant tant que faire se peut de le vider de sa substance, de son sens quasi. Et puis la couverture, savoir à quoi elle ressemblera : ça y est, le livre est en marche.

Et voilà que (inévitablement, j'allais dire) pointe son nez le syndrome de l'imposteur : qui m'autorise à me dire poète, à penser que ce que j'écris à un quelconque intérêt ? J'ai beau traîner ces poèmes certains depuis 15 ans - et donc envisagé pour eux maintes fois la corbeille à papier, ce qui pourrait au moins leur conférer le statut de rescapés et un peu d'indulgence -, je ne sais toujours rien de leur valeur. Et si le jury s'était laissé abuser par trop de savoir-faire ? Ça me réveille la nuit. Sans doute est-ce avant tout parce que j'ai peur d'en assumer la responsabilité, d'avoir à en répondre, à rendre des comptes. Au moins, pour la poésie, on est pas tenu d'expliquer, comme souvent on ne s'explique pas quand on écrit. Je ne parle pas de l'inspiration, cette vieille jument de retour, mais de l'état de réceptivité qui préside à l'écriture, cette impression d'être au plus près du ressenti - et qui, oui, est inexplicable.

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Publié le 23 Janvier 2026

LA RUMEUR LE FRACAS PAR JEAN-LOUIS CLARAC

 « Nous marchons… » : ce pluriel de partage introduit les quatre parties du recueil et le texte qui le conclut, il nous implique dans cette marche. Le long de l’espace que les vagues couvrent et découvrent, déjà exploré (Laisses brisées et Laisses levées, Encres Vives 2003 et 2005), Jean-Louis Clarac s’immerge, nous immerge, dans la rumeur et le fracas, les deux pôles entre lesquels se fait entendre ce monde littoral. « Le son donne le ton/Le mot viendra après ». La sensation précède le sens.

 D’abord naturaliste, ingénieur du son, le poète écoute les éléments, module l’intensité de ses perceptions, cherche dans la rumeur ce qui se souvient du fracas et dans le fracas ce qui annonce la rumeur, comme on tourne le bouton d’une radio pour surprendre une confidence ou modérer un hurlement. Alors on entend le vent et l’arbre : « […] le vent/Est le délire bruyant de l’arbre/Soûlé par sa puissance ». Puis comme on lit l’histoire de nos faillites dans les objets échoués, du tesson d’amphore au plastique –ce que Clarac désigne d’un néologisme puissant : les trésordures-, on entend dans la mer l’écho tragique de notre temps. Car « Dans n’importe quelle infime partie du monde/Le monde est en son entier », intuition physicienne qui se confirme plus loin : « Monde vertigineusement fractal ». De quoi nous parle donc la mer aujourd’hui ? Bien entendu : de « Ceux qui sont en mer/Entre vivants et morts/Ni vivants ni morts », nous dit le poète-philosophe, ceux qui naufragent parce qu’ils ont pris les lueurs de l’incendie où nous brûlons pour un phare. « La Grande Bleue/N’est pas immense/Elle a la taille des vivants/Qui s’y perdent ». Où alors, éternel dilemme, se place la poésie si nous sommes rendus « Au point de naufrage » ? Entre la rumeur du remords et le fracas de la colère ? Entre l’horreur indicible et l’insaisissable merveille de l’instant ? Le poète n’est pas là pour répondre. Il roule et déroule ses phrases, il les polit comme la mer amène les galets à la perfection de l’ove, à l’énigme du sable, il les sculpte avec la précision de vocabulaire que ses lecteurs lui connaissent, son désir d’épure. Et s’il ne restait que cela : le chant d’un oiseau, « Une bribe de parole fraternelle […]/Une accroche d’amitié perçant/Son armure/Un éclat d’amour luisant/Dans la grisaille », s’il ne restait que cela ce serait comme la promesse d’un matin nouveau.

Jean-Louis Clarac : La rumeur le fracas , Jacques André éditeur, 2023, 92 p. 14€

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Publié le 20 Janvier 2026

SI LOIN SI PROCHE DE VÉRONIQUE JOYAUX

   L’écho qu’éveille en nous une poésie, une écriture, est forcément de l’ordre de l’intime, difficilement communicable, pas même explicable. Aussi suis-je démuni à vouloir partager la palpitation ressentie à la lecture de Si loin si proche de Véronique Joyaux, paru dans la nouvelle formule des éditions Encres Vives. Je pourrais en dire l’apparente simplicité, la limpidité du vocabulaire « sans jamais rien qui pèse ou qui pose ». Je pourrais en dire la présence au monde et la présence du monde, son acceptation épicurienne – au sens ancien : je n’ai pas peur des dieux ni de la mort, je crois le bonheur possible, je ne crains pas la souffrance. « Prenons ce qui respire » (p. 15), « Viendra le temps d’apprivoiser les champs, les haies/l’herbe nouvelle » (p. 32), « Tout est vivant/dans l’immensité du rien » (p. 14).

   On le voit, le resserrement frise l’aphorisme. Jusqu’à s’y résoudre : « Vivre dans la démesure » (p. 15) renvoie au « Vivre dangereusement » nietzschéen, auquel répond le beau poème qu’il faut largement citer « Toujours marcher dans la limite/entre le dehors et le dedans/dans l’entre-deux du miroir (…) Marcher d’un pas assuré/sur la route incertaine/au seuil de nos déserts intimes/Marcher dans la limite. » (p. 18). À l’évidence, la recherche de la sérénité n’est pas béate – il n’y aurait alors pas de poésie –, une inquiétude l’agite, une mélancolie fugace de soleil couchant (« Je voudrais que les jours ne soient que des matins »  p. 25), la nostalgie de l’enfance.

   Ce n’est pas un hasard si les trois formulations répétées de ce recueil renvoient à l’hiver, le dernier hiver, celui dont seuls l’être aimé et la poésie nous protègent : « Mon corps demande un peu de bleu pour raviver mes veines » (p.7) et « C’est l’heure où la neige bleuit les veines » (p. 16) ; « Protéger le cœur du froid » (p. 4 et 25) ; « Glissons-nous là où la mort n’a pas de prise » (p. 6) et « Glissons-nous là où tout est limpide/pour que la mort n’ait pas de prise. » (p. 8 et 24).

   Voilà l’ornière où je me fourvoie : l’envie de citer Si loin si proche en entier, parce que tout ce que je pourrais en dire ne saurait témoigner de la profonde empreinte que ce recueil laisse en moi, la « trace ultime d’un geste bienveillant » (p. 19).

32 p., 6,60€ Revue Encres Vives n°531

Paru sur :  https://textureamb.over-blog.com/2024/07/si-loin-si-proche-de-veronique-joyaux.html

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Publié le 19 Janvier 2026

19/01/2026. 1/ Et la poésie, bordel !

And the winner is... J'ai l'immense plaisir de recevoir, pour sa première édition, le prix Nicole Drano-Stamberg, organisée par le revue Encres Vives sous la houlette d'Eric Chassefière qui en a repris les rênes après le décès de Michel Cosem. Encres Vives, revue d'alors 16 pages format A4 (elle est passée à 32 pages A5) m'avait consacré deux numéros en 2009 et 2020. Aucun soupçon de favoritisme  cependant dans l'attribution de ce prix : l'envoi des tapuscrits était anonymisé. Je suis d'autant plus flatté d'avoir été distingué parmi les 120 manuscrits reçus.

Le choix de poèmes que j'avais envoyé, qui paraitra sous le titre Vivant demain chez La Rumeur libre d'ici la remise du prix le 11 avril à Frontignan, comprend une grande partie des textes refusés par Olivier Rougerie en... 2013, plus des textes parus dans les revues Décharge et Texture, plus un texte récent. L'ensemble est bâti en partant de textes centrés sur la mer dont le dernier, Mer rouge, fait le lien avec une série de variations sur la couleur rouge. Ensuite Ostraca, des fragments à la mode héraclitéenne (je plaisante, bien sûr), écrits comme il se doit sur des coquilles d'huitres. Puis le texte monstre Les caméras ne sont pas objectives, 11 pages d'errance urbaine hallucinée dans une ville à feu et à sang, une Toulouse soumise à la nuit caniculaire et à la folie des hommes, une vision apocalyptique qui ouvre sur les trois textes les plus récents, imprégnés du climat de pré-guerre dans lequel nous baignons depuis l'invasion de l'Ukraine. Et pour finir Rien -que de poésie est une sorte d'art poétique, ou de non-art si on préfère.

L'impossibilité de faire publier mon roman Rester dehors (voir par ailleurs sur ce blog) m'avait poussé à proposer ce recueil à ce nouveau concours, démarche inédite pour moi. Il est question dans un des textes de bouteille à la mer : c'en était une. Envoyé en juillet, j'attendais la réponse prévue mi-janvier pour mettre fin à toute tentative d'édition, en prose ou en vers. J'avais même envisagé de fermer ce blog, sur lequel c'est vrai je ne suis pas très assidu. Sa plus grande utilité étant de m'aider à me souvenir de mes lectures... lectures dont j'avais éliminé tout ce qui touche à la poésie tellement je doutais de ma compétence à en parler. Je n'en ai pas plus en fait que pour les romans : il s'agit d'appréciations subjectives qui n'ont d'autre prétention que de vouloir faire partager des plaisirs de lecture.

Place donc à la poésie.

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