Véronique Joyaux : Si loin si proche

Publié le 20 Janvier 2026

SI LOIN SI PROCHE DE VÉRONIQUE JOYAUX

   L’écho qu’éveille en nous une poésie, une écriture, est forcément de l’ordre de l’intime, difficilement communicable, pas même explicable. Aussi suis-je démuni à vouloir partager la palpitation ressentie à la lecture de Si loin si proche de Véronique Joyaux, paru dans la nouvelle formule des éditions Encres Vives. Je pourrais en dire l’apparente simplicité, la limpidité du vocabulaire « sans jamais rien qui pèse ou qui pose ». Je pourrais en dire la présence au monde et la présence du monde, son acceptation épicurienne – au sens ancien : je n’ai pas peur des dieux ni de la mort, je crois le bonheur possible, je ne crains pas la souffrance. « Prenons ce qui respire » (p. 15), « Viendra le temps d’apprivoiser les champs, les haies/l’herbe nouvelle » (p. 32), « Tout est vivant/dans l’immensité du rien » (p. 14).

   On le voit, le resserrement frise l’aphorisme. Jusqu’à s’y résoudre : « Vivre dans la démesure » (p. 15) renvoie au « Vivre dangereusement » nietzschéen, auquel répond le beau poème qu’il faut largement citer « Toujours marcher dans la limite/entre le dehors et le dedans/dans l’entre-deux du miroir (…) Marcher d’un pas assuré/sur la route incertaine/au seuil de nos déserts intimes/Marcher dans la limite. » (p. 18). À l’évidence, la recherche de la sérénité n’est pas béate – il n’y aurait alors pas de poésie –, une inquiétude l’agite, une mélancolie fugace de soleil couchant (« Je voudrais que les jours ne soient que des matins »  p. 25), la nostalgie de l’enfance.

   Ce n’est pas un hasard si les trois formulations répétées de ce recueil renvoient à l’hiver, le dernier hiver, celui dont seuls l’être aimé et la poésie nous protègent : « Mon corps demande un peu de bleu pour raviver mes veines » (p.7) et « C’est l’heure où la neige bleuit les veines » (p. 16) ; « Protéger le cœur du froid » (p. 4 et 25) ; « Glissons-nous là où la mort n’a pas de prise » (p. 6) et « Glissons-nous là où tout est limpide/pour que la mort n’ait pas de prise. » (p. 8 et 24).

   Voilà l’ornière où je me fourvoie : l’envie de citer Si loin si proche en entier, parce que tout ce que je pourrais en dire ne saurait témoigner de la profonde empreinte que ce recueil laisse en moi, la « trace ultime d’un geste bienveillant » (p. 19).

32 p., 6,60€ Revue Encres Vives n°531

Paru sur :  https://textureamb.over-blog.com/2024/07/si-loin-si-proche-de-veronique-joyaux.html

Publié dans #Vivant demain

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