Al Denton : Poèmes écrits dans ma voiture

Publié le 26 Avril 2026

Al Denton : Poèmes écrits dans ma voiture

Al Denton (c’est un pseudonyme, un nom qui sonne beat generation, entre Texas et Thermidor –« de l’audace, encore de l’audace »…) livre une plaquette mince et dense de Poèmes écrits dans [s]a voiture. On the road again ? Pas précisément. Ce serait plutôt d’enfermement qu’il s’agit.

S’il convoque dans nombre de ses titres les spiritualités du vaste monde, des deux Amériques aux steppes mongoles en passant par les forêts japonaises, c’est aux vitres de son crâne, comme à un pare-brise aveugle, que se cogne la mouche de son écriture,

            j’ai trop

            rien

            à ajouter au vide

le porte-à-faux malaisant entre la peur et la colère, entre la mort attendue et le soleil qui s’obstine à se lever et rend les jours inévitables, sinon aimables.

            j’ai voulu très longtemps

            passer sur l’autre rive

            –

            mais jamais non jamais

            la rive ne me cède

Les deux phrases d’un poème à l’autre se répondent. Mais a-t-on le choix ?

            vois comme tout me voue

            à la marche forcée

            vaille que vaille comme un cintre à mon dos

            enfilé

Le cintre qui tient Al Denton debout est fait de plusieurs bois. La rage

            j’ai le goût du fer et du sang

qui le fait espérer malgré tout survivre aux centrales atomiques. L’enfance déchirée dont on peut recoudre des moments – un souvenir de luge, une sortie au Luna Park,

            vivre une autre

            vie de fakir

            de grenade

            dégoupillée

– pour les transmettre

            même si tout

            est devenu cynique

et trouver un semblant de sérénité

            Comme un enfant malade

            Qui acquiesce à la nuit

– au refuge du sommeil, veut-on croire. Et puis il y a la possibilité de suspendre sa solitude :

            si tu voulais

            grondant

            je serais ta kermesse

            ta liesse évaporée

            sur l’axe de la mort.

La poésie d’Al Denton flirte parfois avec la rime, le rythme – l’alexandrin aussi bien – comme si une chanson y poussait son museau. Mais ce serait alors du heavy metal, une douleur qui se hurle, une révolte qui se crache.

 

(40 pages, 5€. Éditions La culottée, 429 chemin de la Croix de Lauzerte 82200 Moissac

https://editions-la-culottee.sumupstore.com/)

 

Publié dans #Vivant demain

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