Daniel Fohr : La vague qui vient
Publié le 21 Janvier 2026
Pour se remettre de l’échec commercial de sa dernière bande dessinée, le narrateur se réfugie dans une maison dont il a hérité sur une île perdue. Sa solitude croise le quotidien des natifs hauts en couleurs, et celle d’habitants comme lui exogènes (une actrice à la gloire fanée, un chaman péruvien…), occasion de portraits à la fois tendres et impitoyables.
Notre dessinateur accepte une folle mission : décorer la salle à usages multiples d’une fresque retraçant l’histoire (l’île possède des excréments préhistoriques humains fossilisés – des coprolithes, pour les savants – et un trésor pirate légendaire) et le présent du lieu. Mais quelle hiérarchie adopter pour la représentation de chacun, doit-il figurer l’actrice telle qu’elle est ou telle qu’elle fut, quelle place accorder à la belle marchande de légumes ? Et va-t-il par son œuvre se fâcher avec la communauté ou en devenir le barde graphique ?
S’il est pétri d’humour, ce livre dépasse la simple drôlerie. Tout d’abord, et ce n’est pas incompatible, par sa grande humanité. On ne peut qu’entre en sympathie avec l’anti-héros, enfoncé au départ dans sa tristesse hivernale (le chauffagiste se fait attendre) puis confronté aux affres de la création face au mur blanc qu’il doit illustrer. Le récit patine d’ailleurs un peu au moment où il s’apprête à dévoiler sa fresque aux yeux des îliens, comme si l’auteur doutait lui-même concomitamment de sa plume. Qu’il se rassure : La vague qui vient restera pour nous un cairn dans le brouillard éditorial, un repère que nous serons rassurés de retrouver.
Une dernière chose : les amoureux des îles recopieront des phrases entières consacrées à cette étrange sensation – et étrange réalité – qu’on y éprouve, celle d’être enfermé dans l’immensité.
FOHR, Daniel : La vague qui vient (Inculte, 2023/Babel, 2024)
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