*Envoyé ce matin le tapuscrit à Gallimard, L'Olivier, Actes Sud depuis la poste du village. Je m'amuse à prendre comme un signe que, pour des raisons purement pratiques, cela parte de là plutôt que de la Poste Centrale de M. Ça rejoint les petites superstitions par lesquelles j'essaye d'oublier le sens de la flèche. L'absurde tragique à qui tout le monde cherche une raison, ou un responsable. Pour Netuno (le narrateur) et Leiah, méditerranéens (culturellement pour le Portugal, si ce n'est géographiquement), c'est le destin, Mektoub, Inch Allah, Oxalà, qu'on peut confondre avec la volonté divine. C'est en tout cas quelque chose qui en grande partie nous échappe. Pour Netuno, c'est aussi une paresse. Leiah est bien plus volontaire.
*J'ai d'ailleurs l'impression que Netuno se laisse porter, par les évènements et par les autres.
*A la relecture j'ai découvert des motifs que je n'avais pas conscience d'avoir abordés, ou qui avaient pris une importance que je n'avais pas aperçue. Principalement le fil rouge que constituent les préoccupations urbanistiques et architecturales de Netuno. Ça frise l'obsession, pour l'instant je ne saisis pas pourquoi.
*Casimir, deuxième lecteur après Danielle, qui, il me l'a écrit, a gardé nostalgie de ces années-là, retrouve dans le roman l'écho des logements estudiantins que nous avons eu : la maison mitoyenne partagée avec mes frères rue Joffre et ensuite l'appartement du Mirail, "le Titien", avec Jean-Yves dit Lulu et la "bande" du Polyvalent. Il est évident que ce temps d'éclosion, qui s'est terminé avec mon départ à l'armée, est fondateur. Les protagonistes du roman sont plus âgés (de 25 à 40 ans, peut-être moins pour Leiah, il faudrait le calculer) et aucun n'est décalqué de cette époque. Bien que...
*Le prénom Frankie/Françoise est le souvenir d'une cousine de Mino, étudiante hébergée "chez Régine". Encore une maison ouverte. C'était l'époque. Mais physiquement, il n'y a aucun rapport. A quoi ressemble d'ailleurs Frankie ? On sait (ou Netuno l'imagine-t-il ?) que Berthoux l'a recueillie "rêveuse, l'air famélique et les cheveux gouttant" [note de 2024 : cette précision a disparu de la version 2.0. On sait qu'elle fait penser à la Jeune fille à sa toilette de Corot, qui n'est pas famélique]. En règle générale, j'ai mes personnages en tête mais je donne peu d'éléments physiques. A peine devine-t-on que Walter est un peu enveloppé ("face de lune timide", "sa rondeur") [il est charrié sur son appétit et confie lui-même qu'il a commencé à grossir à cause des neuroleptiques]. De Leiah, on sait un peu plus: peau mate, yeux verts, cheveux noirs. Et ses jambes... Mais là encore ce n'est que l'avis de Netuno !
*La lecture bienveillante de Casimir se teinte du reproche des nombreuses pistes laissées sans réponses à terme. La principale, bien sûr : Tiago se réveille-t-il ou pas ? Mais aussi: Netuno reste-t-il en France, chez Martinez ou ailleurs ? Pourquoi Rojo ne veut-il pas qu'on parle de son tour du monde ? Et en parallèle: qu'est-il arrivé à Laura à Paris ? Et, qui me préoccupe à moi: Walter s'est-il suicidé ou non ? J'avoue que je n'ai pas toutes les réponses. Casimir me parle d'un respect du lecteur que je n'ai pas. Outre le fait que le roman est limité à 31 jours, et qu'il me semblerait artificiel que tout se dénoue le dernier jour du mois, il me semble que dans la vraie vie il y a des tas de choses dont on ne connait jamais la fin, quelques unes seulement très tard. Je me réserve le droit de revenir sur mes personnages [un peu tard pour commencer une Comédie Humaine !], et si ce n'est jamais le cas, je préfère, à respecter le lecteur, respecter son imagination.
*Clins d’œil à l'actualité [en dehors de La Coupe du Monde !] : l'Europe à deux vitesses, Uber, les Japonais sur les Champs-Élysées, "ça va craquer" (on est trois mois avant les Gilets Jaunes).
*Netuno croise une confrérie de rétifs à la marche: Ari, le libraire, Rojo. Il est, sans peut-être s'en apercevoir, en position de défense face à eux.