Publié le 21 Avril 2024
*Premiers envois par internet le 5 mars à trois éditeurs, et le 11 à deux autres. Le 17 avril, envois à l'ancienne (par poste) à deux maisons avec lesquelles dans le passé j'ai eu des contacts privilégiés. Nous avions reçu Serge Safran au sous-sol de notre librairie, dénommé "La Cave à Lire", où il avait signé un contrat d'édition (en tant qu'auteur pour une fois) avec les éditions du Laquet pour son livre Lettres gersoises dans la belle petite collection Terre d'encre - à qui j'avais proposé de mon côté un texte, Montauban comme ailleurs, qu'il aurait fallu retravailler, et je n'en avais pas trop le temps à l'époque. Nous avons reçus plusieurs de ses auteurs en dédicace, et nous sommes revus quelques fois lors du festival Place aux nouvelles de Lauzerte. Quant à Verdier nous avions des rapports suivis avec un de ses fondateurs, Bob, qui était une personne toute en passion et en chaleur. Il nous avait reçus dans leur mas des Corbières - le Verdier, d'où leur nom - autour d'une petite prune. Je me souviens de l'ombre des tilleuls (du moins ma mémoire en a-t-elle fait des tilleuls...) et de l'émotion d'avoir feuilleté les paperolles, comme celles de Proust, du manuscrit de Papillon de neige de Joe Bousquet.
*Depuis ces envois le temps passe différemment. Il n'est pas arrêté, il s'est coupé en deux dans le sens de la longueur. Une partie se déroule comme d'ordinaire : je marche dans les Albères, je contemple le vol des goélands, je m'ennuie au théâtre - et l'autre est une espèce de brouillard dans lequel je ne sais plus si j'avance ou pas. Je suppose que c'est ce que ressentait la garnison du Désert des Tartares. On attend un signe, que quelque chose bouge, annonce l'approche de l'ennemi - ou du facteur. Ou tout simplement que s'écoulent les trois mois fatidiques au bout desquels "si vous n'avez pas reçu de réponse, vous pouvez considérer que votre manuscrit a été refusé". Entre ces deux rubans de temps il y a une certaine porosité, le brouillard déborde et englue nos gestes, nos pensées à l'heure où l'on tente de dormir. C'est cher payé mentalement, surtout si ça ne doit déboucher sur rien.
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