Dan Franck : L'arrestation
Publié le 9 Mars 2024
Dan Franck entend ici régler son compte à un épisode de sa vie qu’il a tenu secret pendant quasi 40 ans et a ressurgi par la mauvaise grâce de Wikipédia : sa relativement brève (40 jours, tout de même) incarcération à la prison de la Santé et la trace qu’elle a laissé en lui. Tout part d’un appartement qu’il sous-louait alors au vague cousin d’un ami d’enfance et d’adolescence et qui s’est retrouvé servir de base logistique au mouvement anarcho-terroriste Action Directe, suite qui plus est à un braquage mortel. D’inspecteur en juge d’instruction, Dan Franck triche un peu, il cherche à préserver son ami, ici dénommé « le Garçon », et il s’enferre dans ses petits mensonges dont il comprend trop tard qu’ils sont éventés avant qu’il ne les profère. Au jeu du chat et de la souris, la souris gagne rarement.
Nous avons là, bien sûr, la version de l’accusé, qui ne peut être qu’impartiale, aussi objectif qu’il se croie, si longtemps après. Oui, le Garçon s’était vanté de ses braquages, mais c’était un hâbleur… Oui, il avait plusieurs fois reçu Rouillan et Ménigon, les meneurs d’A.D., mais il les connaissait sous le nom de Robert et Nadine (ou autre)… C’était pour lui qui était trop jeune en 68 l’occasion d’en perpétuer l’ambiance : la porte toujours ouverte, les copains des copains (et copines) qui entrent et sortent… Peut-être ne fouille-t-il pas assez sur ce désir de frisson que lui, l’apprenti romancier, recherchait à fréquenter des hors-la-loi, ce délicieux parfum de compromission et tout simplement d’aventure – le côté diantrement romanesque de tout ça. Qui débouche aujourd’hui sur ce presque roman dont, s’il n’est qu’une chose à retenir, on gardera le témoignage de la marque indélébile que laisse dans la vie d’un homme le passage par la case prison.
FRANCK, Dan : L’arrestation (Grasset, 2023)
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