05/003/2024 : 14/ Au pied du mur
Publié le 9 Mars 2024
*Les corrections achevées, voici le le plus désagréable des moments, auprès duquel les affres de la création sont roupies de sansonnets : l'envoi aux éditeurs. Noyé dans le flot continu des manuscrits il y a peu de chances - environ aucune - que le vôtre soit distingué sur sa seule qualité littéraire. D'ailleurs, angoissez-vous, en a-t-il une ? L'auteur est bien entendu le plus mal placé pour juger son œuvre, lui demander de la défendre est d'une cruauté sadique. Pourquoi se retrouve-t-il tout seul devant le jury ? Les pires criminels ont droit à un avocat, seraient-ils plus méritants que lui ?
*J'en étais là de mes cogitations quand un de ces hasards objectifs chers aux surréalistes et qui, pour peu qu'on y soit attentif, hantent nos journées me fait lire ce texte de Ananda Devi au sujet de Sylvia Plath (Sylvia P., éditions Bruno Doucey, p.172-173) que je recopie tellement il est raccord avec mon propos :
"Honte du paraître. De se démener comme une gentille marionnette pour parler d'écriture quand [c'est] l'écriture qui est faite pour parler d'elle-même. Honte de ce sourire vide qui dément les horreurs du monde. Honte du mensonge de ce soi-disant spectacle, qui ne rime à rien d'autre qu'au narcissisme de l'époque. Vivre pour raconter, dit Garcia Marquez. Mais désormais, il faut aussi se mettre en scène, raconter pour être et parler pour exister, et à un moment donné les limites se fondent, les barrières tombent, on ne sait plus si les écrivains doivent écrire ou parler, parler en écrivant, écrire comme s'ils parlaient, et tout cela se mélange dans un beau fouillis, et les secrets deviennent de riches veines à exploiter."
*S'il en est besoin une preuve, le formulaire d'inscription d'un grand éditeur spécifie de soigner la présentation de l'auteur qui entre pour 40% dans le choix du manuscrit (c'est moi qui souligne, bien sûr).
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