07/032025 : 20/Tranversale n°2. Art brut et art-thérapie
Publié le 8 Mars 2025
*Je n'ai bien entendu aucune autorité pour parler de nombre de sujets. Mais dans ce nouveau monde où il faut être Mexicain pour être autorisé à parler du Mexique, transsexuel pour aborder la question du genre et boiteux pour prendre la défense des pieds-bots, le roman 1) soit n'a plus sa place et cède la sienne à l'autofiction, cette hypocrisie qui veut faire croire qu'on peut rendre compte du vécu avec objectivité, à la manière d'un documentaire tourné par un robot (mais par qui a été programmé le robot ? Par un autre robot ? Vertige.) 2) soit peut continuer à amplifier les ressentis, avec ou sans vraisemblance, et on sait que le principe de la caisse de résonance est que le son obtenu n'a plus grand chose à voir avec le coup donné au départ. Le roman, ce fils du théâtre, est un espace où les hommes sont femmes, les pauvres riches, et les incompétents maîtres du monde (non, ça, c'est dans la réalité vraie... je veux simplement dire qu'un romancier dépasse ses incompétences pour créer un monde qui lui ressemble, avec ses désirs et ses frayeurs, ses pulsions et ses phantasmes. S'écrirait-il autant de romans policiers si leurs auteurs n'avaient pas au moins une fois rêvé de tuer quelqu'un ? A moins qu'ils ne soient écrits que par des criminels...)
Pourquoi ces précautions oratoires ? Parce que je ne connais de l'art brut que l'émotion et la fascination qu'il exerce sur moi et de l'art-thérapie que l'expérience de quelques proches. Une de mes nièces voulait en faire son métier, un musicien anglo-saxon qui pourtant animait des ateliers à l'hôpital psychiatrique du coin l'en a découragé, stipulant que les formations dans notre pays étaient inexistantes et pas reconnues, ce qu'il résuma en une formule lapidaire et avec accent : "En France, c'est le merde". Il semblerait qu'il existe plus d'études sur l'art comme porte d'entrée dans la folie que comme porte de sortie...
Je ne sais plus comment j'ai croisé l'histoire de Henry Drager, mais je n'ai pu qu'être happé par l'exacerbation qu'il représente, celle d'un artiste puissance mille, noircissant dans le secret de sa chambre des milliers de pages, les illustrant de centaines de dessins, découverts après sa mort. Une foultitude de questions sont soulevées. A partir de quand une obsession devient-elle une œuvre ? Quelle est la part du marché dans la reconnaissance de cette œuvre ? Que serait devenu quelqu'un comme Darger s'il n'avait pas eu cette passion (ou faut-il dire ce dérivatif) ? Ce qui rejoint l'interrogation que je pose dans Cadaqués, aller simple : "Comment font les gens qui n'ont pas de passions pour ne pas se laisser aller à l'assassinat, le dimanche ?"
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