Baptiste Dericquebourg : Le voyage en Grèce
Publié le 9 Janvier 2026
Les temps ont changé, comme chante certain : le voyage en Grèce que nous propose Baptiste Dericqueboug n’est pas celui de Lawrence Durrell ou de Jacques Lacarrière. Aucune crainte, donc, de déjà lu. Ce serait même à une déconstruction de ce qui habite notre imaginaire à laquelle s’emploie l’auteur, à travers des lunettes clairement politiques. Il s’agit de dé-romantiser l’image que littérateurs et archéologues nous ont léguée de la Grèce. Et d’abord, la Grèce existe-t-elle ? Une mosaïque de peuplements et de territoires que la langue unit (avec difficulté, puisqu’il a fallu la démocratiser). Parle-t-on d’Alexandre le Macédonien ou d’Empédocle de Sicile ? Des ours de Metsovo, à la frontière albanaise, ou des citrons (amers) de Limassol, au sud de Chypre ?
Loin des reconstitutions archéologiques hasardeuses, c’est à un voyage dans notre temps que nous sommes conviés. Dans la Grèce que se partagent une famille socialiste et une famille libérale depuis des décennies – au prix parfois de mariages croisés. Dans la Grèce éternellement pauvre qui a pu prêter l’oreille aux sirènes de l’Aube Dorée (extrême-droite) et tenter l’expérience de Syriza (gauche radicale), vite remise au pas par l’Europe.
De belles pages enfin nous ouvrent un trésor plus précieux que le masque d’or d’Agamemnon : celui de la musique et de la poésie grecques, dont la vitalité défie les péripéties historiques – comme les défie, éternelle, « la capacité [des Grecs] à ranimer la joie pour une soirée même dans les moments les plus mélancoliques ». (2015)
DERICQUEBOURG, Baptiste : Le voyage en Grèce (Anacharsis, 2024)
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