Publié le 31 Janvier 2024

*Point final à la seconde version, entamée en 2022 après le retour à une certaine "normalité" post-Covid  et après un déménagement vers les rivages catalans. La réécriture a été motivée par les refus des éditeurs, bien sûr, et par les remarques des premiers, et seuls, lecteurs, Danielle et Casimir. Leur regret que les autobiographies  ,'aient pas été reprises en totalité m'a amené à revoir l'architecture du roman. Parti de l'idée de les joindre à la fin, en post-faces explicatives, j'ai préféré les dispatcher comme des apartés dans le récit, avec une dissymétrie volontaire : Berthoux après le 3ème chapitre, Rojo après le 11ème, Frankie après le 14ème, Walter avant le dernier chapitre (27ème). Le chapitre 26 explique le pourquoi de ces autobiographies: Walter a demandé aux trois autres de les écrire, et à écrit la sienne, en vue sans doute de les utiliser comme matériau d'un roman. Frankie les confie à Netuno en lui disant que c'est peut-être lui qui l'écrira, ce roman - parions que c'est celui que nous sommes en train de lire...

*Cette mise en abîme a été facilitée par le choix de dédoubler la narration. Dans la première version, nous avons les seuls monologues de Netuno rapportant au chevet de Tiago les évènements écoulés entre deux visites. Ce qui entraînait un récit entièrement au passé et en style indirect, même si des dialogues y étaient inclus. Cela posait aussi un problème temporel entre le présent des visites et le passé des relations. Après avoir remis la chronologie en ordre, j'ai fait appel à un narrateur extérieur, plutôt chargé de l'action et des dialogues - du factuel -, dont le récit est entrecoupé par la parole de Netuno (mise en italiques, à voir si nécessaire ?) plus idéelle, digressive, personnelle : souvenirs et réflexions.

*Je décide aussi de créer ce blog, afin de pouvoir y renvoyer tous ceux (éditeurs, futurs lecteurs) qui voudraient approfondir les intentions de ce roman, le processus d'écriture, les vicissitudes de sa publication, ce qui dépasse une note de présentation de quelques lignes. En quelque sorte le "making off" du livre.

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Publié le 29 Janvier 2024

D’où vient le malaise ? La narration est tirée au cordeau : sur une île, plutôt méditerranéenne, échouent trois cadavres d’hommes noirs. Les instances – jamais désignées autrement que par leurs fonctions : le Maire, le Docteur, le Curé, l’Instituteur – pour ne pas contrarier un projet de marina décident d’enterrer l’affaire – plus exactement de l’engouffrer, de faire disparaître les corps dans une faille du volcan qui domine l’île. Mais voilà, les drones ont tout vu, et débarque un Commissaire misanthrope et alcoolique dont la seule présence fait remonter au jour les turpitudes de chacun.

Car il est là, le malaise : dans la vision désespérée que manifeste l’auteur. Pour la rédemption, changez de Claudel : l’âme humaine est définitivement mesquine, noire, égoïste, lâche avant tout. Pas un individu pour racheter l’autre, surtout pas le Commissaire dont on connaîtra les motivations nauséabondes, surtout pas le narrateur qui cache derrière sa fable morale un défaitisme désabusé. « Ce n’est pas mon affaire », conclut-il. (2024)

CLAUDEL, Philippe : L’archipel du Chien (Stock, 2018 / Le Livre de Poche 2019)

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Publié le 27 Janvier 2024

Sous ses vrais airs de roman noir, voici un récit riche et complexe comme on les aime. Deux solitudes se rencontrent dans une maison de retraite de Tarifa, vis-à-vis espagnol de la ville de Tanger. Miguel est veuf, sa fille vit à Barcelone avec un homme qui la frappe. Helena, son père l’a abandonnée, sa mère s’est noyée, son fils habite Malmö, Suède. Ces deux-là, aux caractères bien différents – autant Helena est rugueuse et combative, autant Miguel, atteint par les premiers symptômes de la dégénérescence sénile, est apathique et tourné vers le passé – tentent ensemble une dernière échappée pour rejoindre leurs enfants, un baroud d’honneur qui, alors qu’ils se croient en chemin pour peser sur le présent, les mène à leurs racines, à leurs histoires personnelles et familiales. C’est l’occasion de revisiter l’occupation espagnole du Maroc, la construction meurtrière du mausolée du Valle de los Caídos voulu par Franco pour honorer les soldats morts pendant la Guerre Civile (ceux de son camp, bien entendu) et, plus inattendu, le milieu politico-mafieux suédois dont on découvrira ce qui le rattache à notre couple de retraités.

C’est magistral, les scènes grand-guignolesque qui gênaient à la lecture de La tristesse du samouraï sont moins appuyées, on garde de la lecture, comme une bougie qui dérive sur un étang crépusculaire, dans nos mains une lueur d’humanité qui s’obstine, vacillante et volontaire, dans la noirceur du monde. (2024)

ÁRBOL, Víctor del : Par-delà la pluie (Actes Sud, 2019 / Babel, 2021)

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton

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Publié le 26 Janvier 2024

La France sur le pouce est une bande dessinée et un récit vécu. Olivier Courtois, journaliste lyonnais en rupture de travail et de couple, décide d’accomplir un tour de France en stop. Pourquoi, il ne le sait peut-être pas vraiment. Se nettoyer la tête. S’abandonner à l’inconnu –à des inconnus.

Plus que les lieux traversés, les rencontres qu’il fait sont le vrai sujet de ce récit. Un boulanger mutique, une fille en liberté surveillée, un clown d’entreprise et j’en passe… Ces gens-là, oui, il doit leur faire confiance.

Le dessin navigue entre le carnet de voyage pour les décors –pointilleux quand ils sont urbains, lyriques quand ils sont sauvages ou maritimes– et la caricature dans le portrait des personnages, surtout du héros et de son gros nez.

C’est un livre qui fait du bien, qui prouve que tout n’est pas pourri dans notre société –que l’important, certainement, est le regard qu’on lui porte. Même si un jour à la question que pose l’auteur à trois personnes encapuchonnées qui l’ont pris dans la nuit : « Sinon, vous faites quoi dans le coin ? » il lui est répondu : « Si on te dit ce qu’on fait dans la vie, après on est obligé de te tuer ».

Mais ça, ce sont les risques de l’auto-stop.

COURTOIS, Olivier et PHICIL : La France sur le pouce (Dargaud, 2017)

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Publié le 24 Janvier 2024

Ne cherchez plus votre roman de l'été, le voilà ! Tout d'abord vous vous souviendrez que le mot tresse vient du chiffre trois, trois brins que l'on tisse ensemble, un, dos, tresse. Et ce sont trois destins de femmes en lutte qu'entremêle Laetitia Colombani.

Smita vit en Inde, c'est une intouchable qui vide les latrines des castes supérieures et qui veut tout faire pour que sa fille ne vive pas cette, littéralement, vie de merde.

En Sicile, Giulia a hérité de son père mort prématurément une fabrique de perruque et doit imposer son autorité de femme dans une société méditerranéenne pas spécialement ouverte à cela. Ni à beaucoup d'autres choses, d'ailleurs.

Enfin Sarah vit au Canada, avocate, mère célibataire, c'est une « winneuse », une battante dont on guette le premier faux pas, et qui va elle devoir affronter le cancer.

Ce qui unit ces trois femmes, ce qui tresse leur vie ensemble, je ne vous en dirai rien, si ce n'est que l'histoire n'est pas tirée par les cheveux...

Si le style de ce roman est assez plat, on apprécie la véritable empathie que Laetitia Colombani manifeste pour ses héroïnes, et on avance dans son récit avec une vraie curiosité : qu'en est-il du lien qui les unit –et au-delà que va devenir chacune d'elle ?

COLOMBANI, Laetitia: La tresse (Grasset, 2017)

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Publié le 24 Janvier 2024

Le monde merveilleux du livre, ce peut être aussi quand un collectif d'auteurs se mobilise pour ce qu'on n'ose même plus appeler le quart monde, tant il est en deçà de toute visibilité : les réfugiés, les clandestins, les sans-papiers. Et ils se mobilisent, ces auteurs, en dénonçant une aberration de notre code pénal, en contradiction avec la Déclaration des Droits de l'Homme : la condamnation de « toute personne qui d'une manière directe ou indirecte aura facilité l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger en France ».

Le livre s'ouvre sur des dessins de Bilal, des noirs et blancs d'une grande force. Suivent des nouvelles, entre autres de Philippe Claudel, Fatou Diome, Laclavetine, Nimrod, Serge Rezvani – qu'on n'avait pas lu depuis longtemps.

Je m'arrêterai sur le texte de Pascal Manoukian, qui imagine, si l'on avait appliqué cette loi en 1948, ce que serait devenu, renvoyé dans la Hongrie communiste, un certain Pal, Pal Sarkozy – et sa descendance.

Publié par les bien-nommées éditions Don Quichotte, un livre salutaire.

Collectif : Ce qu'ils font est juste (Don Quichotte, 2017)

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Publié le 24 Janvier 2024

*L'épidémie de Covid-19 qui a gagné la planète a amené le gouvernement français à décréter le confinement général depuis le mardi 17 à midi, à la suite de l'Italie et bien sûr de la Chine d'où est parti le virus. Peu à peu tous les pays du monde se protègent, avec ou sans l'accord des dirigeants nationaux (à la tête des crétins récalcitrants, Trump et Bolsonaro, les inénarrables Tif et Tondu du libéralisme à tout crin, persuadés sûrement que la maladie ne tuera que leurs ennemis). Après le déchaînement des tondeuses à gazon et autres taille-haies les premiers jours, l'absence de bruit de moteur remodèle l'atmosphère : le chant des oiseaux, les chiens qui aboient - moins qu'à l'ordinaire, les voisins étant cloués à demeure les font taire -, les rares véhicules qui passent, munis en l'espèce de leur précieuse "Attestation de déplacement dérogatoire", laissent leur sillage sonore jusqu'à loin dans la vallée. On n'a jamais autant écouté la radio, lu les articles Internet. Comme dans le silence des cryptes, il y a dans ce calme tous les ferments de la peur : peur de la maladie, bien sûr, de ne pas voir s'inverser les graphiques quotidiens des décès, mais peur aussi de la pénurie à court terme, et à long terme d'une crise économique gigantesque. Le sort d'un manuscrit dans cet effondrement n'est plus d'actualité. See you later.

*[Pour mémoire : lettre de refus de Libella (Buchet) du 27.06.2020, de Grasset du 08.10.2020.]

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Publié le 24 Janvier 2024

Brigitte G. me donne des noms chez Delcourt (?), Albin Michel, Seuil, Flammarion, Le Mot et le Reste (à qui j'envoie par mail, comme j'avais fait à Écriture qui a rapidement répondu négativement). Elle est adorable (BG) mais me confirme que les éditeurs réfléchissent maintenant en chiffre de vente.

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Publié le 24 Janvier 2024

*Reçu la lettre de refus de Gallimard du 11/02, celle d'Actes Sud du 26/02 [note de 2024 : celle de L'Olivier sera datée du 09/06].

*Nouvel envoi le 05 mars à Buchet-Chastel (Miller !), Sabine Wespieser, Inculte et Grasset.

*Betty l'a remis "en main propre" à Jean-Paul Liégeois du Cherche-Midi. Comme il est responsable du secteur "Chanson", elle l'a appâté en disant qu'elle y avait trouvé un écho de Brassens. Nous en parlons au restaurant chinois où nous réveillonnons après la rencontre Carole Martinez / Juliette. Ce sont mes personnages cabossés au grand cœur qui lui font dire ça. Et la référence me saute aux yeux : "Les Copains d'abord". Comme toi tout est dans tout et réciproquement.

*Envoyé ce jour un mail de détresse à Brigitte G.

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Publié le 21 Janvier 2024

*Revenons à l'urbanisme, évident marqueur de l'époque. Les terres agricoles s'amenuisent et de plus en plus loin autour des villes, en cercles concentriques, les villas gagnent du terrain. Maisons individuelles regroupées en cités pavillonnaires - rien de nouveau, c'était la caricature des banlieues anglaises vues par Astérix, ces maisons collées les unes aux autres que rien ne différencie. Dans nos régions, c'est plus la maison indépendante, du pré-fabriqué, ou auto-fabriqué, à la dite maison d'architecte, avec un plus ou moins grand terrain autour, plus ou moins de clôtures, ça commence par un rêve à portée de petit salarié en couple pour finir en bunker de riches. Les centres-villes sont reclassés en logements sociaux où s'organisent, et se détestent, portugais, maghrébins, noirs ukrainiens... dans une superbe ignorance du pays où ils vivent. Mais n'a-t-on pas fait pareil chez eux ? Ce n'est pas une excuse, certes. Mais soyons sérieux : les Français ne sont pas en train d'être colonisés. Pas tant que l'argent leur appartient. Et pas tant que pour en avoir il faudra passer par les règles édictées par l'Occident, j'allais écrire : par l'Occident protestant. Le futur qui sera régulé par autre chose que l'argent est comme l'Amérique : au-delà de l'horizon. Mais il existe.

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