Victor del Arbol : Par-delà la pluie

Publié le 27 Janvier 2024

Sous ses vrais airs de roman noir, voici un récit riche et complexe comme on les aime. Deux solitudes se rencontrent dans une maison de retraite de Tarifa, vis-à-vis espagnol de la ville de Tanger. Miguel est veuf, sa fille vit à Barcelone avec un homme qui la frappe. Helena, son père l’a abandonnée, sa mère s’est noyée, son fils habite Malmö, Suède. Ces deux-là, aux caractères bien différents – autant Helena est rugueuse et combative, autant Miguel, atteint par les premiers symptômes de la dégénérescence sénile, est apathique et tourné vers le passé – tentent ensemble une dernière échappée pour rejoindre leurs enfants, un baroud d’honneur qui, alors qu’ils se croient en chemin pour peser sur le présent, les mène à leurs racines, à leurs histoires personnelles et familiales. C’est l’occasion de revisiter l’occupation espagnole du Maroc, la construction meurtrière du mausolée du Valle de los Caídos voulu par Franco pour honorer les soldats morts pendant la Guerre Civile (ceux de son camp, bien entendu) et, plus inattendu, le milieu politico-mafieux suédois dont on découvrira ce qui le rattache à notre couple de retraités.

C’est magistral, les scènes grand-guignolesque qui gênaient à la lecture de La tristesse du samouraï sont moins appuyées, on garde de la lecture, comme une bougie qui dérive sur un étang crépusculaire, dans nos mains une lueur d’humanité qui s’obstine, vacillante et volontaire, dans la noirceur du monde. (2024)

ÁRBOL, Víctor del : Par-delà la pluie (Actes Sud, 2019 / Babel, 2021)

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton

Publié dans #Microlectures

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