Julien Donadille : Vie et oeuvre de Constantin Eröd
Publié le 10 Janvier 2026
Ah, voici un roman ambitieux comme on aimerait que les auteurs français nous en offrent plus souvent ! Pour son premier livre Julien Donadille n’entend rien moins que de rendre compte de la complexité du monde contemporain et de celle de l’âme humaine. Quelque part du côté de Jean-Christophe Ruffin, de Marc Dugain – et du regretté Pierre-Jean Rémy puisque nous sommes aussi dans le milieu des ambassades, dans celles de Rome plus précisément.
C’est à Rome en effet, dans les années 90, que le narrateur, attaché culturel provisoire, fait la rencontre d’un vieux monsieur exquis, Constantin Eröd, héritier en titre de la couronne de Slovanie, un micro-état englobé dans la Yougoslavie – en train d’éclater alors. C’est un lecteur érudit, un guide incomparable dans la Rome historique, un mécène prodigue, et parfois d’une rusticité brutale.
Devenu roi d’une monarchie fantoche aux mains de nervis nationalistes, Constantin XIV va cautionner – et même encourager – les pires massacres des populations musulmanes de Slovanie.
La construction du roman est très maline : il débute quinze ans après les faits, quand le narrateur apprend qu’après sa mort Constantin lui a légué un coffre gardé dans une banque du Vatican. Et bien sûr, de flash-back en flash-back le lecteur attendra en haletant la dernière page pour avoir la clé de l’affaire (et du coffre…) – et de la personnalité ambigüe de Constantin Eröd.
Peut-être ce même lecteur, s’il n’est pas très familier de la capitale italienne, aura tendance à sauter la litanie des noms de rues qui ponctue les balades – nombreuses – des deux impétrants dans Rome. Qu’il ne se décourage pas : ce serait dommage de passer à cause de cela à côté de ce roman tout à fait enthousiasmant !
DONADILLE, Julien : Vie et œuvre de Constantin Eröd (Grasset, 2016)
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