Tracy Chevalier : La Dame à la licorne

Publié le 10 Janvier 2026

Que se passe-t-il dans l’esprit d’une romancière, creusant le filon des romans historiques basés sur des œuvres emblématiques de notre patrimoine (Cf. La jeune fille à la perle), quand elle décide, pour broder autour des merveilleuses tapisseries dites de La Dame à la licorne, de faire endosser le rôle principal par un personnage aussi antipathique que le peintre fictif Nicolas des Innocents ? Est-ce pour étayer le débat sur l’homme et l’œuvre ? Jouisseur, Manipulateur, prétentieux, Nicolas sème sans remords les enfants sur son passage, ne concevant les femmes que comme des fanions à conquérir et à collectionner. Don Juan anachronique sans la fêlure métaphysique. Certes, on en a connu des comme ça, et pas que dans l’ancien temps…

Sinon, le roman remplit l’attente : voyage documenté dans le Moyen Âge finissant, il profite du flou qui entoure l’histoire des célèbres tapisseries pour nous amener dans le quotidien des lissiers belges ou des nobliaux parisiens. Mais l’érudition semble n’être au service que d’une intrigue : Nicolas arrivera-t-il à ses fins avec la jeune Claude (14 ans) et le lecteur, caché sous la table, y trouvera-t-il l’excuse de fantasmes d’un autre temps ?

Si on a souvent du mal dans ce style de littérature à démêler le vrai du faux, on est ici face à une certitude : La Dame à la licorne n’existe pas.

CHEVALIER, Tracy : La Dame à la licorne (Quai Voltaire, 2003 / Folio, 2009)

Traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek

Publié dans #Microlectures

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