Publié le 9 Janvier 2026
*J'avais en tête pour un roman en projet le titre La fabrique des illusions quand ce titre m'a été soufflé par l'éditeur française de Palladio de Jonathan Dee (Plon). Ma fabrique à moi est devenue Ceux du canal, puis Rester dehors. C'était en 2012. C'est vous dire le temps nécessaire pour enfanter un livre qui ne paraîtra jamais.
Je ne pensais pas, en sous-titrant ces pages Journal post-partum, qu'il y aurait une deuxième grossesse : les neuf mois qu'il m'ont été nécessaires depuis mon dernier post pour accoucher de la décision de laisser tomber toute velléité d'édition. Il ne restait plus que le fil ténu des échanges avec Serge Safran, il a cassé en septembre 2025 - après un an et demi de tension ! Sur 5 ans il y aura eu 6 refus et 21 silences d'éditeurs, le compte est bon..
Je reste persuadé que Rester dehors n'est pas un roman plus mauvais que les autres, et même meilleur que certains (j'ai la liste !). Il ne correspond pas à ce que cherchent les éditeurs, soit. Mais que cherchent-ils ? Je ne vais pas me lancer dans la litanie des rancœurs, des lamentations sur le show éditorial. Je ne suis pas, au vu de mon âge et de ma notoriété abyssale, un bon client. C'est certain. J'espérais au moins être un bon auteur, apparemment je ne le suis pas. Il y a parmi les 27 éditeurs contactés deux ou trois qui lisent (disons un ou deux) et je n'ai pas su les accrocher. J'espérais au moins amener quelques lecteurs en compagnie de mes personnages, qu'ils s'y attachent comme je me m'y suis attaché, qu'ils partagent quelques unes des humeurs qui traversent le récit. (Je les ai évoquées précédemment dans ce blog : les îles, l'exil, l'art brut... la liste des Transversales restera à jamais incomplète, il y manquait encore le fraternité, le rapport aux livres et à l'écriture, la nourriture - on mange tellement peu dans la littérature... - et plus je creusais plus je trouvais de thèmes. Tout ça pour ça.)
Je n'irai pas jusqu'à dire que cette porte se referme sans tristesse. Il y a comme un goût de fin d'amour, de lendemain de cuite : une nausée qui n'arrive pas à vous faire regretter ce que vous avez fait. La ferme certitude qu'on ne vous y reprendra pas. Je pense quant à moi que je tiendrai ma promesse de début d'année : ne plus écrire de roman. C'est un trop lourd investissement, c'est trop douloureux. Mais je ne m'interdis pas de continuer ce journal, quitte à le dévoyer. En attendant, je vous laisse avec mes notes de lectures. Elles, personne ne peut faire qu'elles n'existent pas.
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