Dominique Fabre : Il faudrait s'arracher le coeur

Publié le 24 Février 2024

L’auteur : Dominique Fabre est un auteur français, contemporain et talentueux, trois raisons pour qu'on ne parle pas beaucoup de lui. Je le tiens pour un des meilleurs écrivains de notre époque.

Époque qu'il représente, pourrait-on dire, jusqu'à la caricature. Né en 1960, Dominique Fabre est l'enfant de ces temps déboussolés dont il connaîtra tout : les familles bancales – il grandit sans avoir de père, est même placé en famille d'accueil –, les banlieues qui commencent à « prospérer », et cette vie dont on n'est plus sûr désormais de ce qu'elle sera. Alors, il prépare une maîtrise sur Heidegger, accumule les petits boulots, séjourne par deux fois aux États-Unis. Il finit par dénicher un poste de correcteur en imprimerie et se met en tête d'écrire la vie d'un chômeur de longue durée. Ce sera Moi aussi un jour j'irai loin, refusé partout, sauf par ? Maurice Nadeau, bien sûr.

Depuis se sont succédé une douzaine de livres, romans et recueils de nouvelles, dont La vie d'Edgar, où il donne la parole à un gosse handicapé, La servante était nouvelle, J'aimerais revoir Callaghan, et aujourd'hui Il faudrait s'arracher le cœur, trois longues nouvelles articulées, à son habitude, autour des années d'enfance et d'adolescence.

Le livre : Dans la première nouvelle, qui donne son titre à l'ensemble, le narrateur – qui ressemble à l’auteur comme un frère – joue les saint-bernards auprès d'un étudiant suicidaire de la compagne duquel il est amoureux – à moins que ce ne soit de l'étudiant lui-même, dans le monde de Dominique Fabre l'indécision touche aussi la sexualité.

La deuxième nouvelle, Je vais devoir vous laisser, tourne autour du départ du père. Je cite, parce que Dominique Fabre, c'est avant tout une écriture :

            « On allait avoir un peu plus de place sans lui. C'est pour ça que les gens se séparent aussi, dès les années soixante avec les cages à poules où ils ne peuvent pas vivre en entier ».

Cette écriture, qui dit de toutes petites choses avec la force de l'évidence, qui traque ce qui a fait de nous des adultes si maladroits, si mal à l'aise (je parle de lui et de moi), j'imagine ce qu'il y a de travail derrière son apparence de facilité, tant il est difficile de rendre à l'écrit le fil vagabond de la pensée – ou celui encore moins fiable de la mémoire.

            « A force de se souvenir, on ne sait vraiment plus rien », écrit-il.

Ou encore :

            « Quand je ferme les yeux, cette scène repasse en silence comme si je l'avais inventée ».

FABRE, Dominique : Il faudrait s'arracher le cœur (L'Olivier, 2012)

Publié dans #Microlectures

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