Michèle AUDIN : Comme une rivière bleue

Publié le 19 Janvier 2024

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Le titre est extrait d’une citation de Jules Vallès : « Le murmure de cette révolution qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue ».

Avant qu’elle ne soit rouge, cette rivière, deux mois plus tard. N’anticipons pas.

Michèle Audin nous parle de la Commune de Paris, 1871. Sa démarche s’apparente à celle d’Eric Vuillard, dans 14 juillet notamment : elle a compilé tout ce qui a été écrit, livres, journaux, témoignages, pendant et après la Commune pour en extraire une œuvre littéraire. Car c’est bien de littérature qu’il s’agit : pour le souligner elle s’abrite derrière un narrateur masculin, rat de bibliothèque et marcheur presque infatigable. Il assure les allers-retours entre le passé et le présent, sait établir des « correspondances » qui se souviennent  de la Révolution française, de 1848 et anticipent la guerre d’Algérie (qu’il est impossible d’oublier quand on s’appelle Audin).

On n’attendra pas de Michèle Audin un récit linéaire des évènements : mathématicienne, membre de l’Oulipo, elle use et abuse des procédés, des contraintes. Entre autres, la nouvelle en trois lignes, hommage à Félix Fénéon. La randonnée topographique pour rendre compte de la Semaine sanglante, la dernière. L’énumération souvent, la combinaison pour décrire les changements de partenaires dans un bal populaire. L’anachronisme, quand le narrateur est pris sous son aile par Lissagaray. L’ordre alphabétique, comme à l’appel du matin, pour suivre le destin postérieur des personnages.

Et des personnages il y en a des dizaines, inventés ou attestés –et à ceux-là rien n’interdit de leur prêter des trajets et des amours fictifs. L’essentiel est de rendre la formidable impulsion de la révolte, la liesse qui s’empare du peuple transporté par le rêve révolutionnaire. Le maître mot du roman de Michèle Audin est bien la joie, à qui elle consacre trois chapitres au début du roman. Et à la fin, quand les Versaillais de Monsieur Thiers auront rétabli la chape d’ordre sur Paris (à quel prix : 6 000 morts ? 30 000 ? Peu importe, n’est-ce pas bien trop, bien assez pour teindre de leur sang la rivière bleue), à la fin, s’il reste quelque chose qu’on ne pourra pas prendre à ceux qui ont vécu ces semaines, c’est bien le souvenir de cette joie.

AUDIN, Michèle : Comme une rivière bleue (L’arbalète/Gallimard, 2017)

Publié dans #Microlectures

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