rester dehors

Publié le 23 Février 2024

09/02/2024 : 12/ Le lieu

*Une ville du Sud-Ouest de la France. Je n'ai pas voulu restreindre l'imaginaire du lecteur en la nommant. Ceux qui y reconnaitront Montauban retrouveront sa géographie (avec quelques libertés), son ambiance. Les autres bâtiront leur propre plan. Les villes se ressemblent, elles sont toujours inventées. Peu importe, vraiment, que ça se passe ici ou ailleurs.

*L'usage de l'antonomase a été une solution de facilité (seul le mot est difficile !). Je n'ai fait que calquer la propension des Portugais à baptiser les lieux du nom de leur fonction. Je cite Pico, Porto, Sitio, Rio... les exemples sont foison. Nous aurons donc le Canal, le Fleuve (qui de fait n'est qu'une rivière), le Vieux Pont, les Places Ancienne et Nouvelle... Cela donne au récit une dimension théâtrale (côté cour et côté jardin, n'est-ce pas), une universalité du décor où évoluent les personnages, eux tout à fait originaux. Peut-être ai-je été influencé par la réaction de Ch.T., directeur à l'époque d'une grande librairie toulousaine, à sa lecture de Cadaqués : "Je me fous que ça se passe à Cadaqués ou ailleurs, moi ça m'évoque le film Stromboli de Rosselini". Du lecteur comme co-auteur du roman...

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Publié le 17 Février 2024

05/02/2024: 11/ L'âge des auteurs : Plaidoyer pro domo

*Les éditeurs, s'ils veulent survivre - et qui ne le comprendrait dans cette jungle régie par le struggle for life - doivent passer sous les fourches caudines des stratégies commerciales. Foin du temps où on publiait un livre pour sa qualité littéraire, ou monsieur Gérard Bourgadier - paix à son âme - éditait Cadaqués, aller simple parce que ça lui évoquait Calaferte, et à son épouse un délicieux séjour sur la Costa Brava. Il faut viser désormais la rentabilité - et encore mieux : le profit. Les plus courageux peuvent encore parfois investir sur le long terme, pariant sur un jeune auteur dont ils croient deviner le potentiel d'un futur Sollers, d'un Modiano ou d'un Joël Dicker. Le plus souvent, soyons honnêtes, ils attendent qu'un "petit" éditeur ait déniché la perle rare pour la lui souffler. Souffleur de perles, quel beau métier ! Il est cependant bien plus lucratif de viser la réussite (la vente) à court terme, le "coup" éditorial. De faire en sorte que tout le monde parle d'un livre sorti ex nihilo (et même avant sa sortie de préférence). Une solution est de puiser l'auteur dans le vaste vivier médiatique : il saura faire parler de lui, c'est son métier, et en plus il aime ça. Sinon, on choisira un sujet dans l'air du temps, bien glauque de préférence - on ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments, air connu.

*Je m'explique mal que les éditeurs dédaignent les auteurs âgés -je veux dire âgés et inconnus. Certes leur perspective de carrière n'est pas folichonne, et l'espoir qu'ils bâtissent une œuvre au long court bien minime, malgré les progrès incontestables de la médecine. Le marbre dans lequel se gravera leur nom n'est sans doute pas celui de l'Académie. Mais ils possèdent un trésor qui n'appartient qu'à eux : le temps. Ils sont prêts à courir les salons, les colloques, les interviews - c'est comme leurs maladies : ça les occupe. Que les éditeurs laisse échapper cette puissance de promotion m'interroge : personne n'a donc pensé à intégrer la disponibilité des auteurs dans le business plan ? Avis, mesdames et messieurs, ma valise est prête.

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Publié le 2 Février 2024

*Le titre de la 1ère version, Ceux de l’Écluse, faisait trop penser à Simenon, aux canaux du Nord, et pour tout dire à un roman régional. Rester dehors fait référence à ce que souhaitent les prisonniers à celui qui est libéré ; "Reste dehors". Te fais pas prendre à nouveau. Ce souhait me semble faire écho à la volonté des protagonistes du roman à rester le plus possible à l'écart - non pas du monde, mais de sa marchandisation. L'utilisation du progrès peut ne pas être un progrès. Voir leur méfiance (raisonnée) envers les connexions informatiques. Auxquelles répond la connexion corporelle (et mentale) qu'établit Rojo avec les autres à la fin par sa seule étreinte.

*Il peut cependant y avoir une ambiguïté: rester dehors peut renvoyer à ceux qui vivent dans la rue par obligation, aux sans-abris. Peut-être faudrait-il préférer l'impératif à l'infinitif ?

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Publié le 31 Janvier 2024

*Point final à la seconde version, entamée en 2022 après le retour à une certaine "normalité" post-Covid  et après un déménagement vers les rivages catalans. La réécriture a été motivée par les refus des éditeurs, bien sûr, et par les remarques des premiers, et seuls, lecteurs, Danielle et Casimir. Leur regret que les autobiographies  ,'aient pas été reprises en totalité m'a amené à revoir l'architecture du roman. Parti de l'idée de les joindre à la fin, en post-faces explicatives, j'ai préféré les dispatcher comme des apartés dans le récit, avec une dissymétrie volontaire : Berthoux après le 3ème chapitre, Rojo après le 11ème, Frankie après le 14ème, Walter avant le dernier chapitre (27ème). Le chapitre 26 explique le pourquoi de ces autobiographies: Walter a demandé aux trois autres de les écrire, et à écrit la sienne, en vue sans doute de les utiliser comme matériau d'un roman. Frankie les confie à Netuno en lui disant que c'est peut-être lui qui l'écrira, ce roman - parions que c'est celui que nous sommes en train de lire...

*Cette mise en abîme a été facilitée par le choix de dédoubler la narration. Dans la première version, nous avons les seuls monologues de Netuno rapportant au chevet de Tiago les évènements écoulés entre deux visites. Ce qui entraînait un récit entièrement au passé et en style indirect, même si des dialogues y étaient inclus. Cela posait aussi un problème temporel entre le présent des visites et le passé des relations. Après avoir remis la chronologie en ordre, j'ai fait appel à un narrateur extérieur, plutôt chargé de l'action et des dialogues - du factuel -, dont le récit est entrecoupé par la parole de Netuno (mise en italiques, à voir si nécessaire ?) plus idéelle, digressive, personnelle : souvenirs et réflexions.

*Je décide aussi de créer ce blog, afin de pouvoir y renvoyer tous ceux (éditeurs, futurs lecteurs) qui voudraient approfondir les intentions de ce roman, le processus d'écriture, les vicissitudes de sa publication, ce qui dépasse une note de présentation de quelques lignes. En quelque sorte le "making off" du livre.

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Publié le 24 Janvier 2024

*L'épidémie de Covid-19 qui a gagné la planète a amené le gouvernement français à décréter le confinement général depuis le mardi 17 à midi, à la suite de l'Italie et bien sûr de la Chine d'où est parti le virus. Peu à peu tous les pays du monde se protègent, avec ou sans l'accord des dirigeants nationaux (à la tête des crétins récalcitrants, Trump et Bolsonaro, les inénarrables Tif et Tondu du libéralisme à tout crin, persuadés sûrement que la maladie ne tuera que leurs ennemis). Après le déchaînement des tondeuses à gazon et autres taille-haies les premiers jours, l'absence de bruit de moteur remodèle l'atmosphère : le chant des oiseaux, les chiens qui aboient - moins qu'à l'ordinaire, les voisins étant cloués à demeure les font taire -, les rares véhicules qui passent, munis en l'espèce de leur précieuse "Attestation de déplacement dérogatoire", laissent leur sillage sonore jusqu'à loin dans la vallée. On n'a jamais autant écouté la radio, lu les articles Internet. Comme dans le silence des cryptes, il y a dans ce calme tous les ferments de la peur : peur de la maladie, bien sûr, de ne pas voir s'inverser les graphiques quotidiens des décès, mais peur aussi de la pénurie à court terme, et à long terme d'une crise économique gigantesque. Le sort d'un manuscrit dans cet effondrement n'est plus d'actualité. See you later.

*[Pour mémoire : lettre de refus de Libella (Buchet) du 27.06.2020, de Grasset du 08.10.2020.]

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Publié le 24 Janvier 2024

Brigitte G. me donne des noms chez Delcourt (?), Albin Michel, Seuil, Flammarion, Le Mot et le Reste (à qui j'envoie par mail, comme j'avais fait à Écriture qui a rapidement répondu négativement). Elle est adorable (BG) mais me confirme que les éditeurs réfléchissent maintenant en chiffre de vente.

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Publié le 24 Janvier 2024

*Reçu la lettre de refus de Gallimard du 11/02, celle d'Actes Sud du 26/02 [note de 2024 : celle de L'Olivier sera datée du 09/06].

*Nouvel envoi le 05 mars à Buchet-Chastel (Miller !), Sabine Wespieser, Inculte et Grasset.

*Betty l'a remis "en main propre" à Jean-Paul Liégeois du Cherche-Midi. Comme il est responsable du secteur "Chanson", elle l'a appâté en disant qu'elle y avait trouvé un écho de Brassens. Nous en parlons au restaurant chinois où nous réveillonnons après la rencontre Carole Martinez / Juliette. Ce sont mes personnages cabossés au grand cœur qui lui font dire ça. Et la référence me saute aux yeux : "Les Copains d'abord". Comme toi tout est dans tout et réciproquement.

*Envoyé ce jour un mail de détresse à Brigitte G.

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Publié le 21 Janvier 2024

*Revenons à l'urbanisme, évident marqueur de l'époque. Les terres agricoles s'amenuisent et de plus en plus loin autour des villes, en cercles concentriques, les villas gagnent du terrain. Maisons individuelles regroupées en cités pavillonnaires - rien de nouveau, c'était la caricature des banlieues anglaises vues par Astérix, ces maisons collées les unes aux autres que rien ne différencie. Dans nos régions, c'est plus la maison indépendante, du pré-fabriqué, ou auto-fabriqué, à la dite maison d'architecte, avec un plus ou moins grand terrain autour, plus ou moins de clôtures, ça commence par un rêve à portée de petit salarié en couple pour finir en bunker de riches. Les centres-villes sont reclassés en logements sociaux où s'organisent, et se détestent, portugais, maghrébins, noirs ukrainiens... dans une superbe ignorance du pays où ils vivent. Mais n'a-t-on pas fait pareil chez eux ? Ce n'est pas une excuse, certes. Mais soyons sérieux : les Français ne sont pas en train d'être colonisés. Pas tant que l'argent leur appartient. Et pas tant que pour en avoir il faudra passer par les règles édictées par l'Occident, j'allais écrire : par l'Occident protestant. Le futur qui sera régulé par autre chose que l'argent est comme l'Amérique : au-delà de l'horizon. Mais il existe.

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Publié le 21 Janvier 2024

*LAURA L’ÉVEILLEUSE. Je ne donne peut-être pas sa juste place à Laura, restée en retrait de "ceux de l’Écluse". Peut-être parce qu'elle ne fait pas partie des autobiographies (Cf. 14/12/2019) et que le mystère autour de son expérience parisienne en est un pour moi aussi. A-t-elle été abusée par un manipulateur, ou autre chose ? Elle est pourtant un des éléments riches du récit. Par son rôle de doppelgänger de l'autre Laura, tout d'abord. "Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre". L'une est morte à Londres, l'autre s'est perdue à Paris. Elle est en reconstruction, aux frontières de la vie (mais n'est-ce pas un peu le cas de tous les personnages ?), elle accepte son statut de réincarnée parce qu'il lui donne une identité - et par la grâce de Rojo une accroche au monde. [Note de 2024 : contrairement aux autres, on ne sait rien de son passé, de sa famille, de son enfance.] Mais c'est justement parce qu'elle est aux limites du réel qu'elle est la seule à pénétrer les limbes où erre Tiago. On peut appeler ça "sensibilité exacerbée". C'est, avec ses petits bouts-rimés, une authentique poète, une "voyante" - une ancienne licorne qui a trouvé son pendant, aussi unique qu'elle, et tout aussi privé d'identité propre, puisque de mère inconnue. Enfin l'importance de Laura réside dans la fascination qu'elle exerce sur Netuno: sa voix, jusqu'au souffle sur sa nuque. Il a une double raison pour ne pas tomber amoureux, mais, pourquoi pas, dans une vie parallèle... C'est vrai aussi, c'est lui qui l'avoue, que Netuno s'enflamme vite... L'aura de Laura, repérée dès leur première rencontre, est une réalité. [Laura est aussi une porte qui donne sur les mondes cachés : réincarnation, métempsychose, univers parallèle. Elle est la tentation irrationnelle vers laquelle Netuno se laisse parfois glisser, poussé par le désir d'entrer en contact avec son frère dans le coma.]

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Publié le 20 Janvier 2024

*Leiah est quelqu'un en défense. Sa façon de vouloir garder le fil de ses paroles ("Tais-toi !") n'est certainement qu'une peur de le perdre. Femme et immigrée, elle a des raisons de se méfier de tout. Et de son frère vénéré, moins "intégré" qu'elle - qui maintient le poids du patriarcat, moitié par devoir moitié par commodité - allez savoir laquelle influence l'autre ? Mais ce n'est pas un méchant. Il a permis à sa sœur d'étudier et d'avoir un métier, et il ne s'oppose pas à sa liaison avec Netuno. Simplement il veut "être sûr de ses intentions", comme on disait autrefois. C'est sa responsabilité, et on ne saurait l'en blâmer, Netuno manifestant une certaine irrésolution, et une nette tendance à se laisser porter par les événements (Cf. 12/12/2019). Ce n'est pas un séducteur, et c'est tout aussi dangereux : il est susceptible de se laisser facilement séduire. Conseillons à Leiah, qui a au fond d'elle du mal à exprimer sa volonté face à Netuno - parce qu'elle est tout de même prise dans sa culture - de fréquenter assidument Frankie et de profiter de son expérience - fut-elle malheureuse - des hommes.

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