L’auteur : Guillaume de Fonclare est né à Pau en 1968 et deux dates suffisent à sa biographie : à 10 ans, en 1978, il perd son père (« J’en ai gardé certainement, écrit-il, une capacité à lire et à déchiffrer certaines émotions, que j’essaye de restituer aujourd’hui. ») ; en 2004 il apprend qu’il est atteint d’une maladie génétique qui le paralyse petit à petit. Ses trois premiers livres se font l’écho de son expérience personnelle. Dans ma peau, en 2006, met en relation sa situation et la vie, les souffrances, des soldats de 14-18. Il est alors directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, poste auquel l’a préparé sa maîtrise d’Histoire, il a donc en main les témoignages de ceux qui ont vécu ces jours, ces semaines, ces mois épouvantables. En 2013, Dans tes pas évoque le suicide de son meilleur ami sur son lieu de travail, une autre approche de la souffrance intolérable. Dernier volet de cette trilogie, Joe (2014), sur le poète paralysé Joe Bousquet, établit un parallèle entre son propre handicap et celui du cloîtré de Carcassonne.
Le livre : Garbo n’est pas une biographie de Greta. Il faut être un passionné d’histoire contemporaine pour savoir qui était l’autre Garbo, bien qu’il soit déjà paru une biographie de ce personnage. Et quel personnage ! Né à Barcelone sous le nom de Juan Pujol Garcia, il est le parangon des agents doubles. Si on ne connait pas son nom, ses noms, on a forcément entendu parler de son action la plus frappante : avoir fait croire aux Allemands que le débarquement de juin 1944 se ferait dans le Pas-de-Calais, et que celui de Normandie n’était qu’une diversion… L’opération Fortitude, pour les initiés et les lecteurs de Larry Collins (sans Lapierre).
Ce qui intéresse Guillaume de Fonclare dans le destin de cet homme, c’est sa place dans l’Histoire certes, mais plus encore de comprendre le cheminement interne qui l’a amené à faire ce qu’il a fait, et qui est assez complexe. Il semblerait que Garbo, ou Pujol comme il s’appelait encore alors, ait accumulé les mauvais choix, avec la bonne conscience obstinée du pacifiste, de celui qui ne veut pas tuer : plutôt républicain il s’engage aux côtés des franquistes pendant la Guerre d’Espagne, de même qu’antinazi convaincu il s’enrôle dans les services secrets allemands… Qu’il va, c’est entendu, noyauter depuis l’Angleterre en inventant un réseau de vingt-quatre informateurs (on dirait aujourd’hui qu’il a créé leurs légendes) qu’il va faire vivre avec le brio d’un grand acteur – ce qui lui vaudra son nom de code : Garbo.
Fonclare a imaginé le testament que cet homme vieillissant aurait pu écrire à son petit-fils. C’est la limite, voulue, de ce livre : le style indirect de la confession fait de cette épopée une succession de fourvoiements et d’atermoiements. Mais c’est aussi sa force : montrer comment un individu malhabile peut-être poussé par le vent de l’Histoire vers un destin exceptionnel.
FONCLARE, Guillaume de : Garbo (Stock, 2017)